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Kenya : quand la protection du petit commerce menace de devenir une frontière contre l’autre

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En ordonnant, à partir du 7 septembre, une offensive contre les étrangers actifs dans le petit commerce et le commerce ambulant, William Ruto répond à une préoccupation économique réelle. Mais en Afrique de l’Est, où les frontières sont aussi des espaces de brassage, la manière de protéger les nationaux peut devenir une dangereuse machine à fabriquer de l’exclusion.

Le président kényan William Ruto veut réserver certaines activités de proximité aux Kenyans, notamment le commerce ambulant et les petites boutiques. Le gouvernement affirme vouloir combattre une concurrence jugée déloyale et demande aux étrangers de privilégier des investissements capables de créer des emplois. Sur le principe, défendre les petits entrepreneurs nationaux n’a rien d’illégitime. Mais une politique économique cesse d’être protectrice lorsqu’elle transforme l’étranger en bouc émissaire.

Car derrière les étals, les boutiques et les marchandises se dessine une question autrement plus grave : quelle Afrique voulons-nous construire ? Une Afrique où chaque nationalité retourne derrière sa frontière dès qu’elle cherche à travailler, ou une Afrique où l’intégration régionale permet aux peuples de circuler, d’entreprendre et de prospérer ensemble ? Le Kenya, moteur économique de l’Afrique de l’Est, ne peut ignorer que son commerce est intimement lié aux dynamiques régionales. Des inquiétudes sont déjà exprimées quant aux répercussions possibles sur les relations commerciales avec ses voisins, notamment la Tanzanie.

Le danger serait surtout de laisser s’installer une géopolitique de la suspicion. Aujourd’hui le petit commerçant étranger ; demain, qui sera considéré comme indésirable ? Les ressortissants des pays voisins, les migrants africains, les investisseurs étrangers ? À force de confondre concurrence économique, immigration et menace nationale, les États risquent d’alimenter la xénophobie, de fragiliser la confiance entre peuples et de transformer les frontières économiques en lignes de fracture politiques.

L’Afrique de l’Est ne peut prétendre approfondir son intégration tout en érigeant, dans ses marchés, des murs invisibles entre ses citoyens. La protection des entrepreneurs kényans doit passer par des règles claires, des permis respectés, une fiscalité équitable et une lutte contre les pratiques commerciales illégales — non par une stigmatisation collective. La paix internationale commence aussi dans ces espaces ordinaires où un commerçant tanzanien, congolais, ougandais, rwandais ou nigérian rencontre son voisin kényan.

Le véritable enjeu dépasse donc les boutiques de Nairobi. Il concerne l’avenir d’une Afrique capable de défendre ses intérêts sans désigner l’étranger comme ennemi. William Ruto a l’occasion de protéger les siens sans diviser les autres, de faire respecter la loi sans attiser les passions identitaires. Car lorsque la crise économique cherche un visage à accuser, la cohésion sociale est toujours la première victime — et les frontières, elles, ne tardent jamais à suivre.

La Rédaction

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