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Désiré Kika : et si l’Afrique rentrait chez elle pour bâtir ses villages ?

Voix du Paysan pour former et informer les citoyens : un engagement pour la justice sociale et climatique.

Et si le véritable exode africain devait un jour s’inverser ? Pour Désiré Kika, le village ne doit plus être le terminus de la pauvreté, mais le point de départ d’une renaissance économique, sociale et territoriale.

Désiré Kika pose une question qui dérange parce qu’elle touche à notre responsabilité collective : que faisons-nous de nos villages lorsque nous avons réussi ailleurs ? Partir pour apprendre, travailler ou entreprendre n’est pas une trahison des origines. Mais réussir loin de chez soi sans jamais regarder vers sa communauté d’origine pose une question autrement plus profonde : à quoi servent nos compétences, nos capitaux et nos réseaux si nos propres territoires continuent de s’enfoncer dans la dépendance ?

Pour Désiré Kika, revenir ne signifie pas abandonner les villes ou la diaspora. C’est revenir avec quelque chose : une compétence, une technologie, une idée, un investissement, une expérience. Le village peut devenir une terre d’innovation : agriculture moderne, agroforesterie, transformation alimentaire, pisciculture, apiculture, tourisme communautaire, énergie solaire ou entrepreneuriat des jeunes et des femmes. L’Afrique ne manque pas seulement de ressources ; elle souffre aussi de ressources mal organisées et de talents insuffisamment connectés à leurs territoires.

À Idjwi, cette vision prend une résonance particulière. Désiré Kika invite à changer de regard sur le territoire : ne plus demander uniquement « Que manque-t-il à Idjwi ? », mais aussi « Que possède déjà Idjwi et comment pouvons-nous mieux l’organiser ? » Terres, lac, agriculture, culture, jeunesse, femmes, savoir-faire et potentiel touristique constituent déjà un patrimoine considérable. Le défi est de transformer ces atouts en emplois, en revenus, en entreprises et en dignité. Le développement ne peut pas éternellement être une affaire de projets venus d’ailleurs. Il doit devenir une capacité construite avec ceux qui vivent ici.

Mais Désiré Kika va plus loin : le retour aux racines doit aussi être un retour à la responsabilité. Une coopérative doit rendre compte, un dirigeant doit accepter la critique, une ressource commune doit être protégée et les jeunes comme les femmes doivent avoir voix au chapitre. La bonne gouvernance ne commence pas seulement dans les palais du pouvoir ; elle commence dans nos familles, nos associations, nos villages et nos organisations. On ne peut pas réclamer des États transparents tout en tolérant l’opacité dans nos propres communautés.

Alors, faut-il que tout Africain rentre chez lui ? Pas nécessairement. Mais chacun peut faire rentrer quelque chose chez lui : son savoir, son capital, son réseau, son temps ou simplement sa volonté d’agir. C’est peut-être là le véritable message de Désiré Kika et de la CAP-IDJWI : les villages ne demandent pas la charité, ils réclament des opportunités. L’Afrique n’attend pas une génération de sauveurs, mais une génération de bâtisseurs. Et si le prochain grand mouvement africain n’était pas celui de la fuite vers ailleurs, mais celui du retour — non pas pour regarder le passé, mais pour construire l’avenir ?

Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan

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