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Il est des crises qui ne font pas la une des bulletins de guerre, mais qui rongent une société avec une redoutable efficacité. À Goma, la consommation grandissante des boissons fortement alcoolisées par une partie de la jeunesse est de celles-là. Dès les premières heures de la matinée, des jeunes se retrouvent devant des débits de boissons, verre à la main, comme si l’ivresse était devenue un refuge contre le désespoir ou un horizon face à l’absence de perspectives. Derrière ces scènes devenues presque ordinaires se cache une urgence sociale qui menace le capital humain d’une ville déjà éprouvée par les conflits, les déplacements de populations et la précarité économique.
L’alcool fort n’est pas seulement une boisson ; il devient, lorsqu’il est consommé sans contrôle, un accélérateur de pauvreté, de violence et de désespoir. Il détruit progressivement les capacités physiques et intellectuelles des jeunes, les éloigne de l’école, de l’emploi et de l’entrepreneuriat, tout en alimentant l’insécurité, les accidents, les conflits familiaux et les troubles de santé. Une jeunesse qui sombre dans la dépendance est une société qui hypothèque son développement. Car aucune nation ne peut bâtir son avenir lorsque la force vive qui devrait produire, innover et créer est prisonnière d’une bouteille.
Cette réalité impose une responsabilité collective, mais d’abord politique. Les autorités provinciales et nationales ne peuvent plus se contenter de constater les dégâts. Elles doivent renforcer la réglementation sur la vente des boissons fortement alcoolisées, contrôler les points de commercialisation, sanctionner les vendeurs qui alimentent la consommation précoce et investir dans des campagnes permanentes de sensibilisation. Les familles, les écoles, les organisations de jeunesse, les confessions religieuses et les médias doivent également redevenir les premiers remparts contre cette banalisation de l’alcoolisme. Prévenir coûtera toujours moins cher que réparer des vies brisées.
Sauver la jeunesse de Goma ne relève pas d’un simple slogan politique ; c’est une exigence morale et un impératif de développement. Chaque jeune arraché à l’alcool est une famille préservée, une entreprise potentielle, un enseignant, un médecin, un agriculteur ou un leader de demain. Les décideurs doivent comprendre qu’en laissant prospérer ce fléau, ils compromettent l’avenir même de la province. Il est encore temps d’agir, avec courage, lucidité et détermination. Car une ville qui protège sa jeunesse protège sa paix, son économie et son espérance.
Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan
Goma face au poison silencieux des alcools forts : quand une jeunesse enivrée risque de sacrifier son avenir dans l’indifférence des décideurs