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Économie de la croyance en Afrique : quand la peur devient un produit et l’espoir une marchandise rentable

Voix du Paysan pour former et informer les citoyens : un engagement pour la justice sociale et climatique .

L’Afrique est aujourd’hui le théâtre d’une économie silencieuse mais redoutablement puissante : l’économie de la croyance. Elle prospère dans les interstices laissés par l’instabilité, la précarité et l’effritement des institutions éducatives. Là où l’État ne rassure plus, où l’école ne protège plus, où le marché ne garantit plus l’avenir, la croyance devient un refuge. Mais ce refuge est monnayé. De l’huile ‘‘miraculeuse’’ aux consultations prophétiques, des ‘‘travaux mystiques’’ aux promesses de délivrance, un véritable marché s’est structuré autour des peurs collectives et individuelles. Ce phénomène n’est pas nouveau ; il plonge ses racines dans l’histoire où prêtres, oracles et ‘‘gardiens du mystère’’ contrôlaient déjà le peuple par le sacré. Aujourd’hui encore, plus les sociétés vacillent, plus les illusions deviennent rentables.

Quand la fragilité sociale crée un marché spirituel : les mécanismes de l’exploitation

L’économie de la croyance ne prospère pas par hasard : elle exploite les failles humaines les plus profondes. La peur — de la maladie, de l’échec, du chômage ou de la sorcellerie — devient un moteur économique. À cela s’ajoute l’ignorance qui s’installe là où l’éducation recule, transformant de simples citoyens en consommateurs vulnérables de solutions invisibles. Le besoin d’appartenance amplifie encore la dépendance : face à l’effondrement des repères familiaux ou sociaux, chacun cherche un ‘‘berger’’ pour le guider. Et lorsque l’État est faible, ces croyances prennent la place de véritables institutions parallèles, soignant, conseillant et orientant les foules avec plus d’autorité que n’importe quelle structure publique. Résultat : une économie émotionnelle qui génère de la rente psychologique mais freine l’esprit critique, la rationalité et l’émergence d’une classe moyenne autonome.

Sortir du piège : l’urgence d’un réveil éducatif et citoyen

Mettre fin à l’exploitation de la vulnérabilité humaine ne passe ni par la moquerie, ni par le rejet des traditions. Il s’agit plutôt de renforcer la lucidité collective. L’éducation financière peut aider les citoyens à comprendre comment et pourquoi leur argent s’évapore dans des pratiques qui ne résolvent rien. L’éducation scientifique permet de distinguer les problèmes réels des explications mystiques. L’éducation psychologique aide à reconnaître les manipulations affectives. Le renforcement des familles rétablit des repères émotionnels solides, tandis qu’un État responsable doit redevenir la principale source de sécurité, d’ordre et d’espoir. Tant que les Africains chercheront des raccourcis, quelqu’un leur vendra un mensonge. Tant qu’ils auront peur, quelqu’un leur vendra une protection. C’est pourquoi le véritable combat n’est pas contre la spiritualité, mais contre l’exploitation systématique de la fragilité humaine. Et ce combat commence par la lucidité.

La Rédaction

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