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Ebola à Butembo : quand la riposte doit aussi rendre des comptes

Voix du Paysan pour former et informer les citoyens : un engagement pour la justice sociale et climatique.

Face à la persistance de l’épidémie, la LUCHA ne conteste pas seulement les résultats de la riposte : elle pose une question devenue incontournable, celle de la transparence dans la gestion des moyens mobilisés pour sauver des vies.

À Butembo, Ebola ne se contente plus de mettre à l’épreuve le système de santé. L’épidémie met désormais à l’épreuve la crédibilité de la riposte. Près de 5 000 cas confirmés, plus de 2 500 décès en un mois : derrière ces chiffres vertigineux, il y a des familles endeuillées, des soignants éprouvés et des communautés qui veulent comprendre pourquoi une mobilisation financière aussi importante ne produit pas, sur le terrain, les résultats attendus.

La question posée par la LUCHA est donc politiquement inconfortable, mais démocratiquement légitime : où sont les résultats de la riposte ? Des centaines de millions de dollars auraient été mobilisés, tandis que certains quartiers affectés manqueraient encore d’eau, de désinfectants et de moyens élémentaires de prévention. Lorsque les ressources abondent dans les annonces mais semblent manquer dans les communautés, le fossé entre les bureaux et le terrain devient lui-même un facteur de défiance.

Plus inquiétant encore, les données évoquées sur le suivi des contacts interrogent le cœur même de la stratégie. Si une part considérable des nouveaux cas échappe aux dispositifs de surveillance, c’est que la riposte ne peut pas se limiter à soigner ceux qui arrivent dans les centres. Il faut aller vers les communautés, écouter, expliquer, surveiller et surtout faire confiance aux citoyens. Une épidémie ne se vainc pas uniquement avec des centres de traitement, des budgets et des réunions techniques ; elle se vainc aussi avec l’adhésion populaire.

La demande d’une évaluation publique à Butembo mérite, dès lors, d’être entendue sans réflexe défensif. Autorités, partenaires techniques et financiers, professionnels de santé, organisations citoyennes et leaders communautaires doivent pouvoir regarder les chiffres, les dépenses, les résultats et les échecs sans tabou. La transparence n’est pas une attaque contre la riposte : elle est une condition de son efficacité. Rendre des comptes lorsqu’il s’agit de vies humaines n’est ni une faveur ni une concession ; c’est une obligation.

La LUCHA donne sept jours pour obtenir un exercice de transparence et de redevabilité, faute de quoi elle menace de saisir d’autres voies légales. Le pouvoir public ferait mieux d’y voir non pas une provocation, mais un signal d’alarme. Car face à Ebola, chaque jour perdu peut coûter une vie. Et lorsque l’argent public ou l’aide internationale est mobilisé au nom des populations, celles-ci ont un droit simple, presque élémentaire : savoir combien a été mobilisé, comment cet argent a été utilisé et pourquoi, malgré tout, le virus continue de gagner du terrain.

Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan

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