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Des millions d’hectares de forêts livrés aux projets fossiles : la RDC en danger climatique

Voix du Paysan pour former et informer les citoyens : un engagement pour la justice sociale et climatique

Cette course au pétrole sonne comme un aveu d’échec. Alors que la RDC pourrait devenir un géant des énergies renouvelables avec son potentiel solaire, hydroélectrique et géothermique, elle mise sur les énergies fossiles du passé. Un choix qui hypothèque l’avenir climatique de l’Afrique centrale.

En dépit d’une vive opposition locale, nationale et internationale, le gouvernement congolais relance l’un des projets d’expansion pétrolière les plus agressifs au monde.

Ce plan prévoit 52 nouveaux blocs pétroliers (en plus de 3 déjà octroyés), couvrant plus de la moitié du territoire national. La justice climatique trébuche une fois de plus sur l’autel des intérêts économiques à court terme. Les communautés locales, gardiennes millénaires de ces écosystèmes, ne semblent compter que comme figurants dans ce drame écologique. Leur cri d’alarme résonnera-t-il assez fort avant l’irréparable ?

Les conséquences ? Un cocktail explosif : 30 millions d’hectares de tourbières menacées, stockant l’équivalent de 3 ans d’émissions mondiales de CO2. La déforestation pourrait s’accélérer, asphyxiant les moyens de subsistance de 40 millions de personnes dépendant de cet écosystème. « C’est une trahison climatique », tonne Bonaventure Bondo de Greenpeace Afrique.

Une telle expansion fait peser quatre menaces majeures sur l’avenir de la RDC et de toute la planète :

Ravage des forêts primaires

66,8 millions d’hectares des forêts intactes menacées. Cela représente 64% des dernières forêts primaires du pays, essentielles pour réguler le climat mondial.

Selon plusieurs observateurs et activistes climatiques, les blocs pétroliers ont un impact négatif sur les forêts primaires. L’exploration et l’exploitation pétrolière entraînent déforestation, la fragmentation des habitats et la pollution, menaçant ainsi la biodiversité et les écosystèmes forestiers, avec un effet de déforestation, car on va assister àl’installation d’infrastructures pétrolières, ( les routes, les pipelines, les plateformes) nécessitant le défrichement de zones forestières, y compris des forêts primaires.

Cette construction d’infrastructures divise les forêts en parcelles plus petites, isolant les populations animales et végétales, réduisant leur diversité génétique et les rendant plus vulnérables aux perturbations.

Des écosystèmes critiques en péril

8,3 millions d’hectares empiètent sur des aires protégées, 8,6 millions d’hectares concernent des zones clés pour la biodiversité , il faut arriver à la régulation et contrôle pour renforcer la législation et les mécanismes de contrôle pour prévenir et sanctionner les activités pétrolières illégales. En somme, bien que l’industrie pétrolière puisse être une source de développement économique, il est impératif de trouver un équilibre entre les besoins énergétiques et la protection des forêts primaires, véritables trésors de la biodiversité et des écosystèmes.

Même le couloir vert, pourtant officiellement protégé, serait touché à 72% par ces nouvelles concessions. Dans le monde, 425 gros projets d’extraction de combustibles fossiles — pétrole, gaz et charbon — appelés « bombes climatiques », menacent sérieusement l’objectif de contenir le réchauffement à +1,5 °C. C’est quoi une « bombe climatique » ? Un projet d’extraction de combustibles fossiles qui produira plus d’une gigatonne de CO₂ (1 GtCO₂) tout au long de sa durée de vie restante est qualifié de bombe carbone (source : CarbonBombs.org). ”

Des millions de vies humaines bouleversées

39 millions de personnes vivent dans les zones visées, 63% des forêts communautaires seraient impactées, pourtant des lieux de ratiques rituelles, car la forêt est souvent le théâtre de cérémonies, d’initiations, de rites de passage et d’autres événements culturels importants, mais aussi une identité culturelle du faite que les forêts sont liées à l’histoire, aux traditions et à l’identité des peuples qui y vivent, constituant un élément central de leur culture et une transmission de savoirs, des connaissances sur les plantes, les animaux et les cycles naturels de la forêt sont transmises de génération en génération, enrichissant le patrimoine culturel. Et de s’interroger, pourquoi les décideurs politiques et les multinationales veulent détruire ces forêts?

Il y a une affirmation selon laquelle 124 millions d’hectares en RDC sont consacrés aux énergies fossiles. Cependant, cette affirmation reste à étudier. Bien que la RDC possède des ressources en hydrocarbures, notamment dans les provinces de l’Équateur, du Bas-Congo, et dans le graben Albertine, la majeure partie de l’énergie consommée provient de la biomasse (93%), et l’électricité ne représente que 3% de la consommation totale. La RDC est plutôt reconnue pour son potentiel hydroélectrique, avec des projets tels que Grand Inga, et pour son rôle crucial dans la préservation de la biodiversité, notamment de la deuxième plus grande forêt tropicale du monde.

Notons que la forêt revêt une importance culturelle majeure, étant un élément central dans de nombreuses sociétés, notamment pour les populations autochtones. Elle offre un espace sacré, source de ressources vitales, et joue un rôle dans les pratiques rituelles et spirituelles. La forêt est aussi un lieu de mémoire collective, d’identité culturelle et de transmission de savoirs. Ces territoires sont vitaux pour l’alimentation, l’eau, l’autonomie et les droits culturels des populations locales. De nombreuses cultures se trouvant sur ces espaces qui font l’objet des blocs pétroliers considèrent leurs forêts ou arbres comme sacrés, les intégrant dans leurs mythes, légendes et pratiques religieuses, malheureusement seront détruites.

Une bombe climatique

Ces blocs englobant une grande partie de la cuvette centrale, plus vaste tourbière tropicale du monde. Elle stock environ 30 gigatonnes de carbone. Son exploitation pétrolière pourrait libérer d’énormes quantités de CO2 et accélérer la crise climatique

Ce n’est pas du développement. C’est un pari suicidaire sur notre avenir collectif. Les choix faits par la RDC aujourd’hui auront des conséquences décisives pour le climat mondial demain. Il faut agir en toute urgence et les communautés locales considèrent leurs forêts comme une source d’inspiration artistique, la forêt inspire l’art, la musique, la littérature et d’autres formes d’expression artistique dans de nombreuses cultures Congolaises, mais aussi un lieu de ressourcement, car les forêts offrent un espace de tranquillité, de contemplation et de connexion avec la nature, favorisant le bien-être physique et mental. Elle est bien plus qu’un simple écosystème ; elle est un élément fondamental de la culture et de l’identité de nombreux peuples, façonnant leurs valeurs, leurs pratiques et leurs relations avec le monde.

L’exploration et l’exploitation pétrolières peuvent entrer en conflit avec les droits fonciers des populations locales et les activités de conservation de la nature, entraînant des tensions et des perturbations. Il est donc crucial de mettre en place des mesures pour minimiser l’impact de l’industrie pétrolière sur les forêts primaires, telles que:

Planification spatiale

Réaliser des études d’impact environnemental rigoureuses avant d’accorder des permis d’exploration et d’exploitation pétrolières, en tenant compte des zones sensibles comme les forêts primaires.

Techniques d’exploitation durable

Adopter des technologies et des pratiques d’exploitation pétrolière moins invasives, comme le forage horizontal et l’utilisation de plateformes flottantes en mer, restaurer des zones dégradées, afin de mettre en œuvre des programmes de restauration des zones forestières affectées par l’exploitation pétrolière.

Partenariats avec les communautés locales

Impliquer les communautés locales dans la planification et la gestion des projets pétroliers afin de s’assurer que leurs droits et leurs moyens de subsistance sont respectés.

Emmanuel Ndimwiza

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