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Centrafrique : l’Association Sewa ti Saint Marcel célèbre la deuxième édition de la semaine dénommée ‹‹ Il s’appelait Joachim Ndayen ››

Voix du Paysan pour former et informer les citoyens : un engagement pour la justice sociale et climatique

Le Centre Jean XXIII a servi de cadre ce samedi à un moment fort de réflexion et de mémoire, à l’occasion de la deuxième édition de la semaine intitulée « Il s’appelait Joachim Ndayen ». Organisée par l’Association Sewa ti Saint Marcel (ASSM), cette rencontre a rassemblé une centaine d’anciens séminaristes prêtres et laïcs dans un esprit de dialogue et de responsabilité partagée autour de l’héritage laissé par Mgr Joachim N’Dayen, figure marquante de l’Église centrafricaine.

La journée s’est ouverte par une allocution du vice-président de l’ASSM Franklin Amokomoyen, qui a rappelé le sens profond de cette semaine commémorative : ‹‹raviver la mémoire d’un homme de paix, tout en répondant à l’appel du pape Léon XIV à «construire des ponts entre les communautés ». Un appel que les organisateurs ont voulu décliner de façon concrète en Centrafrique, où la réconciliation reste un enjeu fondamental.

Dans son discours inaugural, l’Abbé Alexis Nazaire Passi a mis en lumière la pensée du souverain pontife et son actualité brûlante pour un pays toujours confronté à des fractures sociales. L’orateur a souligné que les anciens séminaristes, qu’ils soient devenus prêtres ou laïcs, portent une mission essentielle : incarner la vision d’une société ouverte à la paix, au dialogue interreligieux et interculturel, et à la fraternité.

« Construire des ponts, c’est notre responsabilité à tous », a-t-il insisté, appelant à la mise en œuvre d’une civilisation de la rencontre, selon les fondements de la doctrine sociale de l’Église catholique.

Dérives médiatiques et cohésion sociale

Le deuxième temps fort de l’atelier a été animé par Sylvestre Romain Sokambi, autour du thème des discours de haine, de la désinformation et de leurs impacts. L’intervenant a dressé un constat préoccupant : la multiplication des fake news, des discours polarisants et des manipulations de l’information alimente la défiance, la division et parfois la violence.

« La désinformation détruit non seulement la vérité, mais aussi les liens qui unissent les communautés », a-t-il martelé. En s’adressant à l’auditoire composé d’anciens séminaristes, il a lancé un appel à la vigilance intellectuelle et morale, les invitant à faire preuve de rigueur dans la vérification des faits, et à cultiver une posture de tolérance et de doute face aux contenus viraux ou idéologisés.

Pour lui, face à cette ère de confusion, la prise de conscience collective devient urgente : « Il est temps que chacun prenne ses responsabilités pour barrer la route aux logiques qui minent notre vivre-ensemble. »

Mgr Joachim N’Dayen : l’homme du silence et de la vérité

La troisième intervention, particulièrement émouvante, a été celle de l’Abbé Jean Ignace Manengou, qui a brossé le portrait spirituel et humain de Mgr Joachim N’Dayen, ancien archevêque de Bangui. Celui-ci fut un homme de foi, de sagesse et de silence, dont la devise « Fais silence et tais-toi » résume toute la profondeur spirituelle et la discrétion pastorale.

Selon l’orateur : ‹‹ Mgr N’Dayen a marqué son époque par sa capacité à résoudre des tensions, à rassembler les cœurs et à porter une parole de vérité dans des contextes délicats. Il a traversé les époques avec une force tranquille, en laissant des lettres pastorales et des messages qui faisaient autorité dans toutes les strates de la société », a-t-il rappelé.

Joachim N’Dayen fut également un penseur, un homme de culture, un philosophe de son temps, dont l’héritage, selon l’abbé Manengou, mérite une exploration plus approfondie : « C’est un chantier ouvert à ceux qui veulent comprendre l’histoire religieuse et politique de notre pays. Il n’est pas seulement un patrimoine centrafricain, mais africain. »

Le rôle déterminant des laïcs dans la réconciliation

L’Abbé Wilfried Ngaya, quatrième et dernier panéliste, a recentré le débat sur le rôle des laïcs dans le processus de réconciliation nationale. À partir du livre biblique de Joël et des enseignements du Magistère, il a exhorté les anciens séminaristes à prendre conscience de leur responsabilité spirituelle et civique.

« Le pont de la paix ne peut être bâti que par des cœurs transformés », a-t-il dit, appelant à une implication plus active des laïcs dans l’éducation religieuse, l’engagement citoyen et la promotion de la justice sociale. Pour lui, l’appel du pape Léon XIV ne peut porter du fruit que si les laïcs s’en saisissent pleinement, aux côtés du clergé.

« Nous devons être les premiers serviteurs de Dieu dans nos familles, nos quartiers et nos lieux de travail. Là où il y a discorde, nous devons semer la paix. Là où il y a oubli, rappeler la vérité », a-t-il affirmé avec conviction.

L’après-midi a été consacré à des travaux en groupes, dans un esprit de fraternité et de collaboration. Les participants ont échangé sur des pistes concrètes d’action, formulé des recommandations et rédigé un rapport final, qui servira de base à de futurs engagements.

Au terme de cette journée riche et dense, les participants ont unanimement exprimé leur volonté de “devenir bâtisseurs de ponts, là où d’autres érigent des murs”, selon les mots d’un participant. Un engagement fort, en résonance directe avec les aspirations profondes du peuple centrafricain : justice, vérité et paix durable.

Cette deuxième édition de « Il s’appelait Joachim Ndayen » marque ainsi une étape significative dans la mobilisation des forces spirituelles et citoyennes du pays. À travers la mémoire d’un homme de Dieu et les appels contemporains du Saint-Père, l’ASSM relance une dynamique de construction intérieure et collective, fondée sur l’écoute, la responsabilité et la foi.

Bélisaire Dorval Sahoul

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