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Il est des cérémonies dont la portée dépasse largement le protocole académique. La double cérémonie de collation des grades académiques et de clôture de l’année académique 2025-2026 de l’Institut Supérieur de Tourisme et de Gestion de Goma (ISTou-G) s’inscrit dans cette catégorie d’événements qui interrogent l’avenir d’un territoire autant qu’ils célèbrent la réussite de ses étudiantes et étudiants. Dans un Nord-Kivu confronté aux conflits armés, aux déplacements de populations, aux dérèglements climatiques et aux fragilités économiques, chaque diplômé représente un investissement dans la reconstruction de la société. L’histoire économique contemporaine démontre que les États qui ont durablement transformé leur destin sont ceux qui ont placé l’enseignement supérieur, la recherche scientifique et l’innovation au cœur de leur stratégie de développement. À l’heure où l’économie mondiale est devenue une économie de la connaissance, où la richesse se mesure de plus en plus à la capacité d’innover plutôt qu’à l’abondance des ressources naturelles, les universités constituent les véritables infrastructures de la souveraineté. Elles forment le capital humain, produisent des connaissances, stimulent l’entrepreneuriat et alimentent les politiques publiques fondées sur des données probantes. Les grands classements universitaires internationaux, malgré leurs limites méthodologiques, rappellent d’ailleurs une réalité constante : les pays dont les établissements d’enseignement supérieur excellent sont souvent ceux qui dominent également les domaines de la recherche, de la compétitivité économique, des technologies et de la gouvernance.

L’ISTou-G s’inscrit précisément dans cette dynamique où l’université ne se contente plus de transmettre des savoirs, mais devient un acteur du développement territorial. Les filières en environnement, tourisme, conservation de la nature, gestion hôtelière et restauration répondent à des enjeux qui dépassent le seul marché de l’emploi. Elles participent à la construction d’une expertise nationale indispensable pour préserver le patrimoine naturel exceptionnel de l’est de la République démocratique du Congo, valoriser durablement ses paysages, professionnaliser l’industrie touristique et renforcer une économie des services encore largement sous-exploitée. Dans une région qui abrite des écosystèmes parmi les plus remarquables d’Afrique, former des spécialistes capables de concilier conservation de la biodiversité, développement local et création de richesses relève d’un choix stratégique. Cette orientation rejoint directement plusieurs Objectifs de développement durable des Nations unies, notamment ceux consacrés à une éducation de qualité, au travail décent, à la croissance économique, à la lutte contre les changements climatiques, à la protection des écosystèmes terrestres et à la construction d’institutions efficaces. Le tourisme durable, lorsqu’il est soutenu par des compétences scientifiques solides, devient ainsi un instrument de paix, d’inclusion économique, de diplomatie culturelle et de résilience des communautés.

L’avenir des universités africaines se jouera cependant moins dans la multiplication des infrastructures que dans leur capacité à produire des connaissances utiles, à développer des partenariats internationaux, à encourager la recherche appliquée, à accompagner les innovations entrepreneuriales et à inscrire leurs formations dans les exigences de la quatrième révolution industrielle. Intelligence artificielle, transition numérique, économie verte, adaptation climatique, gouvernance environnementale, hospitalité durable et entrepreneuriat constituent désormais les nouveaux champs de compétence qui redessinent les marchés du travail. Dans cette compétition mondiale des savoirs, les établissements africains ne peuvent plus se satisfaire d’être des lieux de certification académique ; ils doivent devenir des incubateurs d’idées, des laboratoires d’innovation et des plateformes de solutions adaptées aux réalités du continent. En encourageant les stages, les recherches de terrain, les partenariats avec les entreprises, les collectivités publiques et les organisations de la société civile, l’ISTou-G affirme une conception moderne de l’enseignement supérieur où la formation est indissociable de l’employabilité, de l’innovation et du service rendu à la société.

La cérémonie placée sous l’autorité de la Directrice Générale, Madame UWAMAHORO Espérance, Chef de Travaux, rappelle enfin une évidence que les crises rendent encore plus impérieuse : reconstruire un pays commence toujours par reconstruire son intelligence collective. Chaque diplôme remis est moins l’aboutissement d’un parcours qu’une responsabilité nouvelle envers la nation. Les diplômés appelés à servir dans les secteurs du tourisme, de l’environnement, de la conservation, de la gestion et de l’hôtellerie porteront une part de la transformation économique, écologique et sociale de la République démocratique du Congo. À Goma, l’ISTou-G démontre ainsi que les universités ne sont pas des institutions périphériques ; elles constituent l’un des principaux leviers de la souveraineté, de la compétitivité et de la prospérité durable. Les minerais peuvent épuiser leurs gisements, les infrastructures vieillir et les crises se succéder, mais une nation qui investit durablement dans la science, la recherche et la formation de sa jeunesse construit une richesse que nul conflit ne peut durablement lui ravir : celle de son intelligence, de sa capacité d’innover et de sa faculté à inventer son propre avenir.
Emmanuel Ndimwiza
Éditeur – Voix du Paysan