Voix du Paysan
Les troubles actuels en Syrie sont étroitement liés à deux projets de pipeline qui ont joué un rôle central dans la formation des alliances et des hostilités au Moyen-Orient :
Gazoduc Iran-Irak-Syrie (gazoduc de l’amitié)
Itinéraire proposé : depuis le champ iranien South Pars/North Dome, à travers l’Irak, jusqu’en Syrie et jusqu’à la Méditerranée pour l’exportation vers l’Europe.
Objectifs stratégiques :
Contourner les États du Golfe et la Turquie, offrant à l’Iran une voie d’approvisionnement énergétique directe vers l’Europe.
Renforcer l’axe Iran-Irak-Syrie, renforçant ainsi l’influence de l’Iran.
Bailleurs de fonds : Iran, Irak, Syrie, avec une possible implication russe.
État des lieux et défis :En sommeil depuis l’escalade de la guerre civile en Syrie.
Les sanctions américaines contre l’Iran et la Syrie entravent le financement et le soutien international.
L’instabilité persistante en Syrie rend cette route vulnérable aux conflits.
Gazoduc Qatar-Turquie
Itinéraire proposé : depuis la part du Qatar dans le champ South Pars/North Dome, via l’Arabie saoudite, la Jordanie et la Syrie (ou l’Irak), pour atteindre la Turquie et l’Europe.
Objectifs stratégiques :
Offrir à l’Europe une source d’énergie non russe et non iranienne.
Consolider la domination du Conseil de coopération du Golfe (CCG) sur les marchés mondiaux de l’énergie.
Renforcer le rôle de la Turquie en tant que plaque tournante du transit énergétique, augmentant ainsi son influence géopolitique.
Bailleurs de fonds : le Qatar, la Turquie, les intérêts occidentaux, dont les États-Unis et l’UE.
Etat des lieux et défis :
Le gouvernement d’Assad a rejeté le projet de gazoduc en 2009, se ralliant au projet iranien
L’instabilité régionale et les alliances changeantes ont affaibli la dynamique du mouvement.
Un champ de bataille pour la politique des pipelines
La guerre civile syrienne a amplifié l’importance stratégique de ces pipelines. En 2009, le rejet par Assad du projet de pipeline Qatar-Turquie en faveur du projet iranien a suscité une opposition régionale, les États du Golfe et la Turquie soutenant les factions rebelles. La Syrie est ainsi devenue un champ de bataille par procuration, où des puissances extérieures rivalisent d’influence.
Pourquoi c’est important :
Le pipeline Iran-Irak-Syrie renforce « l’Axe de la Résistance » contre la domination des États-Unis et des États du Golfe, tandis que le projet Qatar-Turquie s’aligne sur les objectifs occidentaux d’isoler l’Iran et de garantir des approvisionnements énergétiques alternatifs pour l’Europe.
Les deux pipelines symbolisent des visions concurrentes du pouvoir régional : le désir d’autosuffisance de l’Iran contre l’alliance du Qatar avec les blocs dirigés par les États-Unis.
Emmanuel Ndimwiza