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Après 42 ans d’attente, la RDC engage la cartographie censitaire de son deuxième recensement général. De Kinshasa à Goma, de Bukavu aux zones affectées par l’insécurité, le défi sera de compter sans oublier personne.
La République démocratique du Congo veut enfin savoir combien elle est. Quarante-deux ans après le recensement de 1984, le pays vient de franchir une nouvelle étape avec le lancement, à Kinshasa, de la cartographie censitaire du deuxième Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH-2). Le dénombrement proprement dit est annoncé pour juillet 2027. Derrière cette opération apparemment technique se joue pourtant une question fondamentale : comment gouverner efficacement un pays dont on ne connaît plus précisément la population, les ménages, les habitats et les territoires ?
Mais le véritable test ne se trouve pas seulement dans les rues quadrillées de Kinshasa. Il sera aussi à Goma, à Bukavu et dans toutes ces zones où l’insécurité, les déplacements de populations et les réalités territoriales rendent le travail de terrain infiniment plus complexe. Le ministre d’État au Plan, Guylain Nyembo, affirme que l’opération doit couvrir l’ensemble du territoire national et appelle autorités locales, chefs coutumiers, responsables communautaires et religieux à faciliter le travail des équipes. Dans un pays marqué par les déplacements forcés, ne compter que ceux que l’on peut facilement atteindre reviendrait à fabriquer une photographie incomplète de la RDC.
C’est ici que le recensement devient plus qu’une affaire de statistiques. Une population mal comptée peut signifier des écoles mal dimensionnées, des centres de santé insuffisants, des routes planifiées sur des estimations, des ressources publiques réparties à l’aveugle. Le gouvernement présente précisément le RGPH-2 comme un outil destiné à améliorer la planification, la répartition des ressources et la connaissance des besoins sociaux, économiques et environnementaux. Un État qui ne sait pas exactement qui vit où avance nécessairement avec une part d’ombre dans ses décisions.
Reste cependant le terrain, ce grand juge silencieux de toutes les ambitions administratives. À Goma comme à Bukavu, l’accueil des agents ne pourra être considéré comme acquis. Il faudra expliquer, rassurer, protéger et surtout convaincre les ménages que répondre aux agents du recensement n’est ni une opération électorale ni une simple formalité administrative. Il faudra également garantir la sécurité des équipes dans les territoires fragiles et veiller à ce que les populations déplacées, isolées ou vivant dans des zones difficiles d’accès ne deviennent pas les « invisibles » du recensement. Le chiffre final n’aura de valeur que s’il reflète réellement la diversité et la complexité du pays.
La RDC n’a donc pas seulement rendez-vous avec ses statisticiens : elle a rendez-vous avec elle-même. Après quatre décennies sans photographie démographique complète, le pays ne peut se contenter d’un recensement sur le papier. Il lui faut une opération crédible, inclusive, rigoureuse et transparente, capable d’aller jusqu’aux périphéries urbaines, aux villages reculés et aux territoires meurtris par les conflits. Car compter les Congolais, ce n’est pas simplement additionner des personnes : c’est reconnaître leur existence, mesurer leurs besoins et donner enfin à l’État les moyens de regarder son propre territoire sans approximation.
La Rédaction
Voix du Paysan
RDC : compter enfin ses citoyens, jusque dans les territoires de guerre, le pari d’un État qui veut désormais regarder le pays en face