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À Goma, la lutte contre la pollution plastique franchit un seuil décisif : elle commence à être considérée non plus seulement comme une question environnementale, mais comme un véritable enjeu de santé publique.
Le plastique ne se contente plus d’encombrer les rues, de boucher les caniveaux ou de flotter sur les eaux du lac Kivu. Il s’invite dans nos habitudes, dans nos sols, dans notre alimentation et, progressivement, dans nos corps. C’est précisément cette réalité que l’AICED a placée au cœur du renforcement des capacités organisé ce jeudi 24 septembre 2026 à Goma, au bénéfice de 32 personnels de santé regroupés au sein de la coalition CREC — Communication des Risques et Engagement Communautaire — du Programme national de communication pour la promotion de la santé à la Division provinciale de la Santé (DPS) du Nord-Kivu.

Avec la distribution de 100 dépliants, l’initiative ne s’est pas limitée à transmettre des connaissances : elle a cherché à donner aux acteurs de santé des outils pour parler aux communautés d’un danger souvent banalisé. Car le sac plastique jeté dans une rue n’est jamais seulement un déchet. Lorsqu’il est brûlé, abandonné ou fragmenté dans l’environnement, il participe à une chaîne de pollution dont les conséquences sanitaires et environnementales méritent d’être mieux comprises. La santé publique ne peut donc plus regarder la pollution plastique depuis la seule porte des centres de santé.
Le signal donné par la DPS du Nord-Kivu mérite, à cet égard, une attention particulière. À la suite de cette activité, la sensibilisation des communautés sur les conséquences de la pollution plastique a été introduite dans la planification de ses activités. Ce choix change la perspective : le plastique cesse d’être un sujet périphérique réservé aux environnementalistes pour devenir une question qui concerne aussi les agents communautaires, les familles, les écoles, les marchés, les autorités locales et l’ensemble du système de santé.

Mais une planification ne vaut que par ce qu’elle produit sur le terrain. Il faudra désormais transformer cette orientation en campagnes régulières, en messages adaptés aux réalités de Goma, en éducation sanitaire dans les écoles et les quartiers, mais aussi en actions concrètes contre les pratiques qui entretiennent la pollution. La responsabilité n’est pas celle d’un seul acteur. Aux pouvoirs publics revient le devoir d’organiser, réglementer et faire respecter les règles ; aux professionnels de santé, celui d’alerter et d’éduquer ; aux entreprises, celui de réduire leur empreinte ; aux citoyens, celui de revoir leurs pratiques. Le plastique est un problème collectif parce que ses conséquences finissent par atteindre la collectivité tout entière.

Goma ne manque pas de campagnes de sensibilisation. Elle manque surtout de ruptures durables avec les mauvaises habitudes. Chaque sachet abandonné est une petite victoire du déchet sur la responsabilité ; chaque geste de réduction, de réutilisation ou de collecte est une reconquête de notre environnement et de notre santé. En faisant entrer la pollution plastique dans son agenda de sensibilisation communautaire, la DPS du Nord-Kivu ouvre une porte qu’il serait dangereux de refermer. Reste maintenant à faire de cette prise de conscience une culture : car protéger la santé des populations, c’est aussi apprendre à ne plus empoisonner l’environnement dans lequel cette santé doit vivre.
Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan