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Éric Kamori : quand le proverbe africain entre en classe pour faire parler la littérature

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Ce Vendredi 18 Septembre 2026, à l’ISP Goma, Éric Kamori a défendu en Didactique de disciplines, Master complémentaire  Domaine : Français avec comme Orientation : Français littérature, un travail consacré à la « didactisation du genre parémique » dans Comment cuisiner son mari à l’africaine de Calixthe Beyala. Un travail couronné de succès, réalisé dans le cadre du Master complémentaire, qui pose une question essentielle : que faire du proverbe africain lorsqu’il franchit les portes de la classe ?

La littérature africaine francophone ne manque ni de textes, ni de symboles, ni de paroles anciennes. Ce qui lui manque parfois, c’est une véritable mise en perspective pédagogique. C’est précisément sur ce terrain qu’Éric Kamori a choisi de travailler. Dans son étude menée à l’Institut Mikeno Islamique, le chercheur montre que le genre parémique — proverbes, dictons, maximes, adages, sentences, aphorismes et expressions proverbiales — peut devenir bien davantage qu’un ornement du récit. Dans Comment cuisiner son mari à l’africaine de Calixthe Beyala, le proverbe devient une porte d’entrée vers la langue, la culture, l’interprétation et l’esprit critique.

Car un proverbe n’est jamais une phrase innocente. Il peut conseiller, avertir, convaincre, juger, ironiser, reprocher ou transmettre une représentation du monde. C’est là que réside, selon Éric Kamori, l’enjeu de sa didactisation : faire du proverbe un objet d’apprentissage et non un simple objet de décoration littéraire. Encore faut-il éviter le piège de l’arrachage au contexte. Enseigner une parémie sans son contexte d’énonciation, c’est risquer de transformer une parole située en vérité universelle. Et lire les représentations présentes chez Beyala comme le miroir fidèle de toutes les sociétés africaines serait confondre littérature, fiction et réalité sociale.

L’étude d’Éric Kamori met ainsi le doigt sur une faiblesse de certaines pratiques scolaires : les proverbes sont souvent reconnus, définis ou expliqués ponctuellement, mais rarement exploités dans toute leur richesse pédagogique. Pourquoi ne pas partir d’une parémie pour travailler le sens propre et le sens figuré ? Pourquoi ne pas interroger celui qui parle, celui à qui l’on parle et la situation dans laquelle la parole surgit ? Pourquoi ne pas s’en servir pour apprendre l’argumentation, explorer les imaginaires culturels, comparer les usages de la langue et encourager le réemploi linguistique ? À l’Institut Mikeno Islamique, ce constat a servi de point d’appui à une démarche qui entend transformer le patrimoine parémique en véritable matériau pédagogique.

Éric Kamori n’a donc pas seulement étudié des proverbes : il a interrogé leur destin en classe. Son travail défendu en Didactique à l’ISP Goma, dans le cadre du Master complémentaire, propose une articulation féconde entre littérature et enseignement. Le résultat est un support pédagogique susceptible d’aider les enseignants à mieux atteindre leurs objectifs dans l’enseignement de la littérature africaine francophone. Derrière les formules anciennes, les images parfois mordantes et les paroles héritées se dessine finalement une exigence moderne : apprendre aux élèves non seulement à comprendre ce que dit un texte, mais aussi à questionner qui parle, dans quel contexte, avec quelle intention et avec quelles représentations. C’est peut-être là que commence une véritable éducation littéraire : lorsque le proverbe cesse d’être une vérité à réciter et devient une parole à comprendre, à discuter et parfois même à contester.

Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan

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