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Couloir Vert Kivu-Kinshasa : quand défendre la forêt devient un risque

Voix du Paysan pour former et informer les citoyens : un engagement pour la justice sociale et climatique.

La RDC veut faire du Couloir Vert Kivu-Kinshasa un emblème de sa diplomatie climatique. Mais derrière les grands discours sur le « pays solution », ceux qui défendent les forêts, les terres et les communautés dénoncent menaces, persécutions et poursuites abusives.

Il y a quelque chose de profondément paradoxal dans cette République démocratique du Congo qui veut parler au monde de climat, de biodiversité et de solutions, tout en laissant planer la peur sur ceux qui, au quotidien, défendent ses forêts. Dans son communiqué du 18 septembre 2026, l’Alerte Congolaise pour l’Environnement et les Droits de l’Homme (ACEDH) tire la sonnette d’alarme : 23 cas de poursuites judiciaires et extrajudiciaires jugées abusives ont été documentés en 2026 contre des défenseurs de l’environnement, des peuples autochtones et des leaders communautaires opérant dans et autour du Couloir Vert Kivu-Kinshasa. Le chiffre interpelle moins par sa seule quantité que par ce qu’il révèle : dans certains territoires, la protection de la nature semble encore pouvoir se transformer en combat pour sa propre sécurité.

Le Couloir Vert n’est pourtant pas un simple tracé sur une carte ou un argument destiné aux conférences internationales. Il porte l’ambition de protéger des écosystèmes majeurs, de renforcer la lutte contre le changement climatique et de faire émerger une économie verte profitant aux populations locales. Mais comment demander aux communautés de croire à la conservation lorsque leurs représentants, leurs militants ou leurs lanceurs d’alerte affirment être menacés lorsqu’ils dénoncent des atteintes aux forêts, aux terres ou aux droits humains ? Une forêt ne se protège pas durablement avec la peur. Elle se protège avec la confiance, la justice, la participation des communautés et des institutions capables de garantir les droits de ceux qui prennent le risque de parler.

L’alerte de l’ACEDH soulève également une question plus embarrassante : que vaut l’État de droit lorsque les institutions chargées de protéger les citoyens sont soupçonnées d’être mobilisées contre eux ? L’organisation dénonce l’utilisation présumée de la police, de l’armée et de la justice pour intimider ou réduire au silence des voix critiques, parfois au bénéfice d’intérêts miniers ou forestiers. De telles accusations, parce qu’elles touchent au fonctionnement même de l’État, exigent des vérifications indépendantes et rigoureuses. Mais elles ne peuvent être balayées d’un revers de main. Car chaque poursuite abusive, chaque menace et chaque intimidation alimente la méfiance des communautés et risque de transformer la conservation en entreprise imposée d’en haut, plutôt qu’en projet collectif.

Le paradoxe congolais devient alors vertigineux : le pays veut protéger ses forêts devant le monde, mais doit d’abord garantir la protection de ceux qui les défendent sur le terrain. L’ACEDH demande des examens indépendants des cas signalés, le respect des garanties judiciaires et des droits humains, ainsi que la responsabilité des entreprises des secteurs extractif et foncier face aux normes internationales. Les chiffres dessinent une géographie qui ne devrait laisser personne indifférent : Tshopo, 29 % des cas ; Maniema, 13 % ; Haut-Uélé, 13 % ; Nord-Kivu, 13 % ; Bas-Uélé, 8 % ; Mongala, 4 % ; Sud-Ubangi, 4 % ; Équateur, 4 % ; Kinshasa, 4 % ; et Kongo-Central, 4 %. Derrière ces pourcentages, il y a des femmes et des hommes, des communautés et des territoires. Si le Couloir Vert Kivu-Kinshasa doit réellement devenir une promesse congolaise pour le climat, il ne peut être construit sur le silence de ceux qui osent défendre la nature.

Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan

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