Deux incendies en quelques jours autour de dépôts de carburant : à Kikwit, les flammes révèlent surtout une ville désarmée face au risque.
À Kikwit, le feu n’a pas seulement dévoré un dépôt de carburant et deux boutiques. Il a une nouvelle fois mis à nu la vulnérabilité d’une ville livrée à elle-même lorsque survient une catastrophe. Jeudi soir, près du pont Kwilu, le long de la RN1, les flammes ont tout emporté sur leur passage. L’origine du sinistre reste inconnue, mais une chose, elle, ne souffre d’aucun doute : face au brasier, les habitants n’avaient pas les moyens de riposter efficacement.
Et le plus inquiétant est ailleurs. Ce nouvel incendie survient quelques jours seulement après celui qui avait déjà frappé un autre dépôt de carburant dans la même zone. Deux sinistres rapprochés devraient suffire à déclencher une alerte sérieuse, une inspection des installations à risque et une évaluation urgente du dispositif de sécurité. Or Kikwit demeure sans véhicule anti-incendie et sans corps de sapeurs-pompiers opérationnel. Quand une ville qui abrite des milliers de familles, des commerces et des activités économiques ne possède pas les outils élémentaires pour combattre le feu, ce n’est plus une simple insuffisance : c’est une fragilité collective.
Le souvenir du 24 juillet devrait pourtant empêcher toute banalisation. L’incendie du marché central avait détruit plus de 300 motos, ainsi que des marchandises d’une pharmacie et d’un supermarché. Combien faudra-t-il encore perdre avant de comprendre que la prévention coûte toujours moins cher que la reconstruction ? Les incendies ne sont pas uniquement des accidents spectaculaires : ils peuvent anéantir en quelques minutes l’épargne d’une famille, le capital d’un commerçant, les revenus d’un travailleur et parfois une vie entière d’efforts. Derrière chaque boutique calcinée, il y a des personnes qui recommenceront presque à zéro.
Kikwit doit donc passer de la réaction à la prévention. Les autorités provinciales et urbaines devraient procéder sans délai à un audit des dépôts de carburant et autres installations présentant des risques particuliers, vérifier leur conformité aux normes de sécurité, identifier les zones dangereuses et imposer des mesures correctives lorsque cela s’impose. La ville doit également se doter d’un service de sapeurs-pompiers réellement opérationnel, avec véhicules adaptés, points d’eau accessibles, équipements de protection et personnel formé. En attendant, des brigades locales de première intervention pourraient être constituées et formées dans les quartiers, les marchés et les zones commerciales.
Mais investir dans les équipements ne suffira pas. Il faut aussi une véritable culture de prévention : exercices d’évacuation, formation des commerçants et tenanciers de dépôts, signalisation des issues de secours, contrôle des installations électriques, accès dégagés pour les véhicules d’intervention et campagnes régulières de sensibilisation. Le deuxième incendie en quelques jours ne doit pas devenir le troisième avant que les autorités ne réagissent. À Kikwit, le feu vient de rappeler une vérité brutale : une ville qui n’est pas préparée à éteindre un incendie est condamnée à compter ses pertes après chaque flamme. La prévention n’est pas un luxe administratif ; c’est une obligation de protection des citoyens.
Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan
Kikwit brûle, l’État regarde : jusqu’à quand l’urgence sera-t-elle permanente ?