×
Logo en chargement
CHARGEMENT...

Bukavu-Uvira : la route où chaque barrière tend la main

Voix du Paysan pour former et informer les citoyens : un engagement pour la justice sociale et climatique.

Sept heures pour relier Bukavu à Uvira. Onze barrières entre Katogota et la ville d’arrivée, des contrôles à répétition et des milliers de francs congolais à chaque arrêt. Sur cette route, la liberté de circuler semble désormais avoir un prix.

Au départ, le voyageur croit acheter un simple billet de transport. 25 dollars, lui dit-on. Mais il lui faut surtout prévoir une réserve de 50 000 francs congolais pour les « barrières ». Le conseil n’a rien d’anodin : garder de petites coupures, négocier, payer pour passer, parfois payer encore pour éviter que les bagages ne soient fouillés. Ainsi commence un trajet où le contrôle administratif se confond dangereusement avec la collecte informelle d’argent.

Puis viennent Katogota, Runingu, Kawizi et les autres points de contrôle. À chaque arrêt, les mêmes scènes : on descend, on présente ses documents, on attend, on discute, on cotise. Ici 3 000 francs, là 5 000, ailleurs 6 000. Même lorsque des escortes sont proposées contre paiement pour éviter les barrières, la promesse ne tient pas toujours. Le voyageur découvre alors une étrange géographie du pouvoir : chaque barrière semble avoir son tarif, chaque uniforme son argument, chaque passage sa négociation.

Le plus préoccupant n’est pas seulement l’argent extorqué à des citoyens déjà éprouvés par la crise. C’est la banalisation de cette pratique. Quand un déplacement entre deux villes congolaises exige de prévoir une enveloppe destinée aux barrières, c’est l’autorité de l’État elle-même qui se trouve fragilisée. Une route peut être déclarée « ouverte », mais si elle demeure jalonnée de prélèvements illégaux, de contrôles abusifs et d’intimidations, elle ne l’est qu’à moitié. La libre circulation ne doit pas devenir un privilège réservé à ceux qui peuvent payer.

Les autorités congolaises doivent donc regarder cette réalité en face. Combien de barrières existent réellement sur cet axe ? Qui les autorise ? Qui les tient ? Qui perçoit l’argent ? Où va-t-il ? Il faut identifier et démanteler sans délai les barrières illégales, encadrer strictement les contrôles légitimes et sanctionner ceux qui transforment les uniformes en péages clandestins. Car restaurer la sécurité dans l’Est ne consiste pas seulement à rouvrir les routes : il faut aussi rendre aux citoyens le droit de les emprunter sans avoir à acheter leur passage.

La Rédaction

Partager

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

×