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Quelques mots, écrits à la hâte, suffisent parfois à dire ce que des années de discours officiels n’ont jamais réussi à réparer : à Mambasa, des familles veulent simplement rentrer chez elles.
À Mambasa, le message est aussi simple que glaçant : Nous voulons la paix à Mambasa. Les déplacés veulent rentrer chez eux. Derrière ce carton brandi face au gouverneur, il n’y a ni stratégie politique ni grande théorie de la paix. Il y a des vies suspendues, des villages désertés et des familles condamnées à l’exil intérieur. Il y a surtout cette question devenue presque indécente à force d’être répétée : quand donc les habitants pourront-ils enfin rentrer chez eux ?
Mambasa ne réclame pas l’impossible. Ses habitants veulent leurs champs, leurs marchés, leurs routes et leurs nuits sans la peur au ventre. Pourtant, les attaques attribuées aux ADF continuent de rappeler que, dans cette partie de l’Ituri, la mort peut surgir au détour d’un sentier comme une mauvaise habitude. Fin août, sept civils ont encore été tués à Amani et des maisons incendiées. À force de compter les morts, le risque est grand de transformer l’horreur en statistique. Or derrière chaque chiffre, il y a une porte qui ne s’ouvrira plus.
Le plus cruel est peut-être là : le déplacement est devenu le quotidien, et le retour, une promesse. Des villages se vident, les activités économiques s’essoufflent et l’absence de l’État laisse prospérer les acteurs armés. ADF et autres groupes armés entretiennent une mécanique où le civil reste la variable d’ajustement : massacres, enlèvements, pillages, tracasseries et barrières illégales finissent par dessiner une géographie où le fusil dicte la circulation, la peur règle les horaires et l’abandon nourrit la résignation.
Alors, que signifie encore la paix lorsqu’elle ne permet pas de rentrer chez soi ? Que vaut une opération militaire si, après le passage des soldats, les familles restent terrées ou déplacées ? Que vaut la promesse de stabilisation lorsque les mêmes communautés sont régulièrement frappées par la violence ? Mambasa ne demande pas un énième discours, encore moins une paix de cérémonie. Elle demande que l’État redevienne plus visible que les groupes armés, plus durable que leurs incursions et plus crédible que leurs promesses.
Le carton finira par disparaître. Les mains qui le brandissent se fatigueront. Mais la phrase, elle, restera : « Nous voulons la paix. » C’est peut-être le plus terrible réquisitoire adressé au pouvoir : dans un pays où l’on parle depuis des années de sécurité, de restauration de l’autorité de l’État et de retour des déplacés, des citoyens doivent encore lever un morceau de carton pour rappeler qu’ils ont droit à leur propre maison. À Mambasa, la paix ne se proclame pas. Elle se mesure au nombre de familles qui peuvent enfin rentrer.
La Rédaction