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Après l’adresse à la Nation de Félix Tshisekedi annonçant un « dialogue national », le Mouvement Sauvons la RDC refuse de confondre consultation et véritable dialogue. Dans une République meurtrie, la paix ne se décrète pas depuis le sommet : elle se construit autour d’une table où personne n’est exclu.
Le Congo n’a pas besoin d’une grand-messe politique supplémentaire. Il a besoin de vérité. Une vérité qui ne se contente ni des discours solennels ni des formules soigneusement ciselées, mais qui ose regarder le pays dans les yeux : des territoires échappent à l’autorité de l’État, des millions de citoyens vivent dans la peur et le déplacement, les institutions sont contestées, les libertés publiques éprouvées et la fracture sociale s’élargit. Dans un tel moment, annoncer un dialogue devrait être une main tendue, non une invitation dont le pouvoir déciderait seul de la liste des convives, du menu, de l’ordre des discussions et, surtout, de la sortie de table. Le dialogue national ne peut être la propriété d’un homme, d’un parti ou d’un camp. Il doit redevenir la propriété de la Nation.

C’est là que se situe le malaise soulevé par Sauvons la RDC. Car on ne peut prétendre rechercher la cohésion en organisant un processus dont les règles seraient arrêtées unilatéralement. On ne peut parler de refondation de l’État tout en évitant les questions qui fâchent : la légitimité des institutions, la démocratie, les libertés, la justice, la gouvernance, la sécurité et l’avenir constitutionnel du pays.

Et l’on ne peut sérieusement demander aux Congolais de croire à une paix durable si ceux qui portent des propositions concurrentes, y compris ceux qui se trouvent au cœur de la crise, sont écartés avant même que les chaises ne soient installées. La paix congolaise ne sera pas celle des vainqueurs contre les vaincus ; elle devra être celle d’un peuple qui refuse désormais de transmettre ses fractures à la génération suivante.

La véritable question dépasse donc Félix Tshisekedi et dépasse même l’opposition. Elle concerne le destin collectif d’un pays qui ne peut éternellement transformer chaque crise en affrontement de personnes. Si le dialogue doit avoir lieu, qu’il soit souverain, inclusif, sécurisé et réellement indépendant.

Que ses règles soient négociées plutôt qu’imposées. Que la CENCO et l’ECC, dont les initiatives ont contribué à maintenir des passerelles entre des positions antagonistes, puissent jouer une véritable mission de facilitation et de médiation. Que des garanties crédibles permettent de transformer les résolutions en engagements opposables. Et surtout, que la Constitution demeure la ligne rouge commune : aucune crise, aucune ambition, aucune majorité politique ne saurait justifier que l’on demande à la République de s’incliner devant les intérêts du moment. Le Congo mérite mieux qu’un dialogue destiné à consacrer des décisions déjà prises ; il mérite une conversation nationale capable de produire des décisions nouvelles.
Refuser un mauvais dialogue ne signifie donc pas refuser le dialogue. C’est précisément parce que la République est en danger qu’il faut sauver le principe du dialogue de sa récupération politique. L’opposition congolaise, si elle veut convaincre au-delà de ses chapelles, doit avoir le courage de proposer autre chose que le simple rejet : une République réconciliée avec elle-même, une justice qui ne soit ni vengeance ni instrument de pouvoir, une sécurité qui protège le citoyen, une économie qui réduise les inégalités, des institutions respectées et une dignité humaine placée au-dessus des ambitions individuelles.
C’est dans cette perspective que la déclaration de Sauvons la RDC, signée le 31 août 2026 par Franck Diongo, Jean-Claude Vuemba, Raymond Tshibanda, Seth Kikuni, Claudel André Lubaya, Théophile Mbemba, Dr. Tharcisse Loseke, Albert Mukulubundu, Filia Tshipasa et Bienvenu Matumo, doit être lue : non comme une simple profession de foi partisane, mais comme l’expression d’une exigence politique plus vaste — celle d’un Congo où aucun pouvoir ne serait assez fort pour confisquer le débat national, et où aucune opposition ne serait assez divisée pour laisser la République sans voix. Le véritable dialogue ne cherchera pas à sauver un pouvoir ; il cherchera à sauver le pays.
La Rédaction- Voix du Paysan