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En annonçant son départ de l’AILC, Ousmane A. Djougourou ne referme pas le dossier de la corruption : il l’ouvre davantage. Ses accusations sur la gestion du pétrole tchadien posent désormais une question vertigineuse : jusqu’où peut aller le contrôle des institutions face aux intérêts du pouvoir ?
Ousmane A. Djougourou, le lanceur d’alerte devenu symbole d’un bras de fer. Dans sa mise au point, l’ancien responsable de l’Autorité indépendante de lutte contre la corruption décrit une mission de contrôle à la Société des Hydrocarbures du Tchad (SHT) brutalement interrompue par l’intervention de gangs armés. Il affirme avoir saisi le chef de l’État et évoque des éléments susceptibles de révéler de présumés détournements dans la commercialisation du brut tchadien. Des accusations d’une gravité exceptionnelle, qui appellent moins aux passions qu’à une vérification rigoureuse, indépendante et publique des faits.
Quand le contrôleur devient celui que l’on fait taire. Le cœur du problème est là. Si une institution chargée de surveiller l’usage des ressources publiques ne peut plus enquêter sans être empêchée, menacée ou intimidée, ce n’est pas seulement une administration qui vacille : c’est l’architecture même de la redevabilité qui se fissure. Ousmane A. Djougourou affirme en outre faire l’objet de graves menaces. Dans un État de droit, de telles accusations ne peuvent être traitées comme une querelle personnelle.
Ousmane A. Djougourou et les chiffres qui dérangent. L’ancien responsable de l’AILC affirme que ses équipes auraient découvert des écarts significatifs entre les prix de vente du brut tchadien et les références internationales applicables aux mêmes périodes. Si ces éléments sont confirmés, l’enjeu dépasserait largement le sort d’un homme ou d’une institution : il concernerait directement la gestion d’un patrimoine qui appartient à la Nation. Le pétrole ne peut être une caisse noire ; il doit être une richesse publique, traçable, contrôlable et utile au développement.
Le Tchad face à l’épreuve de vérité. L’affaire désormais soulevée par Ousmane A. Djougourou mérite donc une réponse à la hauteur de sa gravité : des enquêtes indépendantes, la protection des personnes menacées, la conservation des preuves et une transparence totale sur la gestion des hydrocarbures. Car lorsque les institutions anticorruption sont empêchées d’exercer leur mandat, le silence devient lui-même une question politique. Et dans une République, aucune fonction, aucun clan, aucun pouvoir ne devrait être assez puissant pour soustraire les richesses nationales au regard des citoyens.
Ousmane A. Djougourou : les régimes passent, les comptes restent. Son départ ne devrait pas signifier la disparition du dossier. Les accusations devront être établies ou réfutées par les faits, les documents et la justice. Mais une chose demeure : le pétrole tchadien appartient aux Tchadiens. Et lorsqu’une nation commence à demander où va sa richesse, ce n’est pas une menace pour l’État. C’est peut-être, au contraire, le signe qu’une démocratie cherche encore à respirer.
Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan