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Gaz méthane du lac Kivu : à Idjwi, les communautés refusent d’être spectatrices

Voix du Paysan pour former et informer les citoyens : un engagement pour la justice sociale et climatique.

Avant les forages et les promesses d’investissements, les riverains du bloc gazier « Idjwi » veulent une place à la table des décisions. Une exigence portée notamment à travers le dialogue communautaire organisé par AICED, qui a permis aux populations de s’informer, de débattre et de formuler leurs attentes face au projet d’exploitation du gaz méthane du lac Kivu. Une démarche qui pose une question essentielle : à qui profitera réellement cette ressource ?

À Idjwi, le message des communautés est désormais clair : pas d’exploitation du gaz méthane sans consultation, sans garanties et sans participation effective des populations riveraines. À travers le dialogue communautaire organisé par AICED, les habitants ont pu examiner les enjeux liés au projet et faire entendre leurs préoccupations. Réunies à Bugarula, les communautés ont ensuite élaboré un cahier des charges transmis au ministère des Hydrocarbures. Ce document dépasse la simple formalité administrative : il traduit la volonté des populations de faire de leur voix une condition préalable à tout projet industriel sur le lac.

Pendant longtemps, les ressources naturelles congolaises ont été pensées depuis les bureaux, négociées autour des contrats et exploitées loin des communautés qui en subissent les conséquences. Avec le dialogue communautaire facilité par AICED, les habitants d’Idjwi veulent rompre avec cette vieille mécanique. Informées sur les procédures légales et les mécanismes de participation citoyenne, les communautés entendent désormais connaître les projets, comprendre leurs impacts et participer aux décisions qui toucheront directement leur territoire.

Leur revendication est d’autant plus sensible que le gaz méthane du lac Kivu n’est pas une ressource ordinaire. Son exploitation touche à la fois à l’économie, à l’environnement, à la sécurité du lac et aux moyens de subsistance des populations riveraines. C’est pourquoi AICED, à travers ce dialogue communautaire, a contribué à créer un espace où les populations peuvent questionner les risques et les opportunités du projet. Dans ce contexte, promettre des emplois ou des infrastructures ne saurait suffire. Les communautés demandent des garanties sur la protection de l’environnement, la transparence, les retombées économiques locales et leur implication à chaque étape du projet.

L’attribution du bloc « Idjwi » à Symbion Power avait ouvert la perspective d’une nouvelle ère énergétique pour cette partie du Sud-Kivu. Mais avant les machines, les plateformes et les investissements, il y a une exigence plus fondamentale : la confiance. Le dialogue organisé par AICED rappelle que celle-ci ne se décrète pas depuis Kinshasa ni ne s’achète avec quelques compensations. Elle se construit par le dialogue, la transparence, l’accès à l’information et la reconnaissance des communautés comme véritables parties prenantes.

À Idjwi, le cahier des charges transmis au ministère des Hydrocarbures sonne donc comme un avertissement autant qu’une invitation. Le message porté à travers le processus de dialogue soutenu par AICED est limpide : exploiter, oui, mais pas sans les populations. Le gaz du lac Kivu ne doit pas devenir une nouvelle histoire d’une richesse congolaise extraite du territoire pendant que ses habitants restent à regarder passer les bénéfices. Avant le premier forage, les communautés ont déjà posé leur condition : que le développement commence par leur information, leur consentement, leur participation et la protection de leur avenir.

Emmanuel Ndimwiza
Éditeur– Voix du Paysan

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