Voix du Paysan pour former et informer les citoyens : un engagement pour la justice sociale et climatique.
Le pétrole coule, les milliards circulent, mais la transparence, elle, semble toujours chercher son chemin. Au Tchad, la question n’est plus seulement de savoir combien rapporte la richesse nationale, mais où va réellement cet argent.
Le Tchad possède du pétrole, de l’or et d’immenses potentialités. Pourtant, le paradoxe demeure brutal : un pays producteur de pétrole importe encore des millions de litres de carburant, tandis que l’eau, l’électricité, les routes, les hôpitaux et l’emploi restent des promesses inégalement tenues. Le problème n’est donc pas seulement celui de la richesse disponible, mais celui de sa conversion en progrès collectif.
C’est ici que la responsabilité publique devient incontournable. Tahir Hamid Nguilin, ministre d’État chargé des Finances et du Budget, n’est évidemment pas l’unique acteur de la politique pétrolière tchadienne. Mais il se trouve au cœur de la mécanique budgétaire. À ce titre, les citoyens sont fondés à lui demander des comptes : recettes, dépenses, dettes, compensations, transferts et engagements doivent pouvoir être compris autrement que par des initiés.
Le dossier de la raffinerie de Djarmaya illustre cette exigence. Les chiffres évoqués par le rapport ITIE sur les livraisons de pétrole à la raffinerie et les mécanismes de compensation soulèvent une question simple : lorsque des centaines de millions de dollars circulent sous forme de pétrole, de carburant, d’électricité, de frais ou de dettes, comment le citoyen peut-il suivre la trace de sa richesse ? L’opacité n’est pas une preuve de détournement. Mais elle nourrit inévitablement le soupçon.
La même exigence vaut pour les nouveaux accords avec la Chine annoncés à hauteur de 300 millions de yuans. Un don de plus de 24 milliards de FCFA peut être une formidable opportunité pour les infrastructures, le numérique, la formation et le développement social. Mais un argent public ou accordé au nom de l’État ne devrait jamais être entouré de brouillard. Les accords, les projets financés, les montants, les échéances et les mécanismes de contrôle doivent être accessibles. La transparence n’est pas une hostilité envers la Chine : c’est une obligation envers les Tchadiens.
Au fond, la question dépasse la personne de Tahir Hamid Nguilin. Elle concerne une République qui ne peut prétendre gérer des ressources appartenant au peuple derrière des portes closes. Le pétrole appartient à la nation ; les contrats engagent la nation ; les dettes seront payées par la nation. Alors, les comptes doivent revenir à la nation. Dans un pays riche en ressources mais pauvre en services essentiels, le véritable luxe ne devrait plus être le silence : ce devrait être la transparence.
Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan
Tchad : l’argent du pétrole ne doit plus être une affaire de silence