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Butembo-Manguredjipa : une route ne se réhabilite pas avec du sable, mais avec une vision

Voix du Paysan pour former et informer les citoyens : un engagement pour la justice sociale et climatique.

Sur cet axe vital du Nord-Kivu, l’entretien engagé est à saluer. Mais les bourbiers, les eaux stagnantes et les ouvrages insuffisants rappellent une évidence : sans drainage ni compactage sérieux, la réhabilitation risque de n’être qu’un éternel recommencement.

À Itendi, la route Butembo-Manguredjipa semble parfois moins être une voie de communication qu’une épreuve d’endurance. Des camions immobilisés, des marchandises déchargées puis rechargées pour franchir les passages difficiles : derrière ces scènes se cache une économie qui paie chaque défaillance du réseau routier. Le bourbier n’est plus seulement un problème technique ; il devient une taxe invisible imposée aux commerçants et, au bout de la chaîne, aux consommateurs.

Il faut pourtant saluer les efforts d’entretien entrepris par l’attributaire. Mais une route ne se maintient pas contre l’eau en la laissant gagner. Sans terrassement adapté, sans caniveaux suffisants, sans ouvrages de franchissement solides et sans compactage rigoureux, les mêmes dégradations reviendront après chaque pluie. À quoi bon remettre du matériau sur la chaussée si la première averse suffit à l’emporter ?

Cette situation interpelle directement les autorités politico-administratives. Le tronçon Butembo-Manguredjipa dessert une zone rurale, minière et stratégique, dans un environnement déjà fragilisé par l’insécurité et les crises humanitaires. L’abandon infrastructurel ne peut donc être considéré comme une simple fatalité géographique. Il appartient aux autorités provinciales et nationales d’exiger des travaux conformes aux normes, d’assurer leur suivi et de veiller à ce que chaque intervention produise une amélioration durable.

Car derrière chaque bourbier, il y a un commerçant qui perd une journée, un transporteur qui augmente ses charges, un producteur qui peine à écouler sa récolte et une famille qui paie plus cher ses produits. Une route praticable n’est pas un luxe pour Manguredjipa : c’est une condition élémentaire de son développement. Les autorités ne doivent plus attendre que la prochaine saison des pluies transforme les promesses d’entretien en nouvelles ruines. Le temps est venu de passer du rafistolage à une véritable politique de désenclavement du territoire.

Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan

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