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À Niamey, une conférence consacrée à la « conquête de la souveraineté » révèle autant l’ambition politique de l’AES que l’immense défi qui l’attend : transformer un discours de rupture en résultats tangibles pour les peuples.
Le 19 août 2026, au Palais des Congrès de Niamey, la souveraineté a changé de décor. Sous le haut patronage du général Abdourahamane Tiani, le Niger a accueilli une conférence consacrée à la bataille pour la conquête de la souveraineté dans le cadre de la Confédération des États du Sahel (AES). L’événement s’inscrit dans une dynamique désormais assumée par les trois États membres — Burkina Faso, Mali et Niger — qui ont fait de l’autonomie politique et stratégique le cœur de leur projet commun.
Mais derrière les uniformes, les drapeaux et les grandes formules, une question demeure : que vaut une souveraineté qui ne se traduit pas dans l’assiette, l’hôpital, l’école et l’emploi ? La véritable indépendance ne se mesure pas seulement à la capacité de dire non aux puissances étrangères. Elle se mesure aussi à la capacité de nourrir sa population, protéger ses citoyens, produire ses richesses et bâtir des institutions solides. À Niamey, les organisateurs eux-mêmes ont reconnu que la souveraineté devait produire des conséquences concrètes dans la vie quotidienne.
L’AES avance ainsi sur une ligne de crête. D’un côté, elle revendique une rupture avec les anciennes dépendances et entend construire une défense, une diplomatie et des partenariats davantage maîtrisés par les États sahéliens. De l’autre, elle doit éviter que la souveraineté ne devienne un simple récit politique, brandi comme un bouclier contre toute critique. La souveraineté n’est pas l’immunité du pouvoir ; elle est la responsabilité du pouvoir.
Deux ans après la création de la Confédération, le défi entre donc dans une nouvelle phase. Il ne suffit plus de proclamer une volonté d’émancipation : il faut démontrer que l’union du Burkina Faso, du Mali et du Niger peut générer davantage de sécurité, de prospérité, de cohésion et de dignité. L’AES dispose de ressources, d’une forte mobilisation populaire et d’une vision politique qui entend redessiner les rapports de force régionaux.
Car l’Histoire jugera moins les discours de Niamey que leurs conséquences. La souveraineté sera véritable lorsqu’elle cessera d’être seulement un mot d’ordre pour devenir une réalité vécue. C’est là que se trouve le véritable rendez-vous de l’AES : non pas convaincre l’étranger qu’elle est indépendante, mais convaincre ses propres peuples que cette indépendance améliore réellement leur existence.
Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan
AES : la souveraineté à l’épreuve du réel