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Les 25 milliards de Pékin : cadeau diplomatique ou facture géopolitique ?

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Au Tchad, derrière l’annonce d’un financement chinois, une question plus profonde surgit : que vaut réellement un « don » lorsqu’il intervient au cœur d’intérêts pétroliers, miniers et stratégiques ?

Les 25 milliards de francs CFA annoncés par Pékin ne sont pas qu’une ligne budgétaire. Ils arrivent dans un Tchad placé au carrefour de plusieurs rivalités : influence française déclinante, poussée russe au Sahel, ambitions chinoises, intérêts du Golfe et compétition autour des ressources naturelles. Dans cette nouvelle géopolitique, l’argent ne circule jamais tout à fait sans message. Chaque financement peut être une poignée de main, mais aussi une manière d’ancrer une influence.

La controverse prend une dimension particulière avec les accusations antérieures de l’Autorité indépendante de lutte contre la corruption concernant 224,9 milliards de francs CFA d’exonérations fiscales accordées à la CNPCIC. Si les 25 milliards chinois n’ont aucun rapport avec cette affaire, les autorités tchadiennes doivent expliquer clairement le sort réservé aux sommes réclamées. S’ils constituent, directement ou indirectement, une compensation ou un règlement partiel, alors le vocabulaire change : ce n’est plus simplement un don, mais une opération financière qui mérite transparence et traçabilité.

Car Pékin ne regarde pas le Tchad uniquement comme un bénéficiaire de l’aide. La Chine y voit un espace énergétique, minier et stratégique, au cœur d’une Afrique centrale et sahélienne où les rapports de puissance se recomposent. Le pétrole, les minerais, les infrastructures et les marchés constituent les véritables cartes de cette partie. N’Djamena, de son côté, cherche à diversifier ses partenaires et à réduire ses dépendances historiques. Mais diversifier ses alliances ne doit jamais signifier déplacer l’opacité d’un partenaire à un autre.

Le véritable enjeu est donc moins de savoir si 25 milliards sont importants que de comprendre ce qu’ils achètent politiquement, économiquement ou stratégiquement. Quels projets ? Quels bénéficiaires ? Quelles entreprises ? Quels territoires ? Quelles contreparties ? Quels engagements ? Dans une région où les puissances étrangères rivalisent pour sécuriser leurs accès aux ressources et aux marchés, l’absence d’information publique nourrit inévitablement le soupçon.

Le Tchad n’a pas besoin de cadeaux mystérieux ; il a besoin d’accords lisibles, contrôlables et avantageux pour sa population. Pékin peut défendre ses intérêts : c’est la règle du jeu international. Mais N’Djamena doit être capable de démontrer qu’elle défend les siens avec la même détermination. Dans la géopolitique africaine qui se dessine, la souveraineté ne se mesure plus seulement à la capacité de choisir ses partenaires, mais à celle de savoir exactement ce que l’on signe avec eux.

Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan

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