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Entre accusations de soutien aux groupes armés, ingérences étrangères et tensions avec le Soudan, le Tchad de Mahamat Déby se retrouve au cœur d’un Sahel où les frontières semblent désormais aussi fragiles que les alliances.
Le Sahel n’en finit plus de payer le prix des guerres par procuration. Le Tchad, longtemps présenté comme un acteur sécuritaire incontournable de la région, est aujourd’hui au centre d’accusations graves concernant ses relations avec des groupes armés opérant aux frontières du Niger et du Soudan. Des accusations qui, si elles étaient établies, dessineraient le portrait inquiétant d’un État devenu carrefour des rivalités régionales et internationales.
La montée des tensions avec le Soudan ajoute une étincelle à une région déjà saturée de poudre. Les incursions et affrontements transfrontaliers, ainsi que les frappes attribuées aux forces soudanaises contre des groupes armés présents sur le territoire tchadien, témoignent d’une réalité devenue brutale : les frontières ne contiennent plus les conflits, elles les déplacent. Et chaque bombardement rapproche un peu plus le Sahel d’une confrontation aux conséquences imprévisibles.
Derrière cette crise se profile aussi l’ombre des puissances étrangères. La France et les Émirats arabes unis sont régulièrement accusés d’entretenir, directement ou indirectement, des réseaux d’influence dans cette partie de l’Afrique. Le problème n’est donc plus seulement tchadien ou soudanais : il touche à une souveraineté africaine fragilisée par des intérêts extérieurs qui trouvent, dans les divisions régionales, un terrain fertile.
Mahamat Déby se retrouve ainsi face à une responsabilité politique majeure : empêcher que le territoire tchadien ne devienne une base arrière pour des conflits qui embrasent ses voisins. Car un État qui tolère, soutient ou laisse prospérer des groupes armés sur son sol finit tôt ou tard par être rattrapé par la violence qu’il contribue à nourrir. Le Soudan, de son côté, doit certes répondre de ses propres actes, mais l’escalade militaire ne peut constituer une solution durable.
Le Sahel mérite mieux que cette diplomatie de la poudre et ces alliances opaques. À force de transformer les États voisins en champs de bataille par procuration, les puissances régionales et étrangères risquent de produire une tempête qu’aucune capitale ne pourra ensuite maîtriser. Le temps est venu de remettre la souveraineté, la transparence et le dialogue au centre du jeu : car dans une région où chacun souffle sur les braises, personne ne peut prétendre être à l’abri de l’incendie.
Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan
Tchad : quand le Sahel devient l’échiquier des puissances