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À Butembo, le virus n’est pas le seul adversaire de la riposte : la défiance, nourrie par les rumeurs, menace elle aussi de faire des victimes.
À Butembo, Ebola avance sur un terrain miné par le doute. Dans les rues comme sur les réseaux sociaux, certains soupçonnent encore derrière l’épidémie un mystérieux « business ». Une suspicion qui, au-delà de l’indignation qu’elle peut susciter, révèle surtout une crise de confiance entre une partie de la population et ceux qui prétendent la protéger.
Car une épidémie ne se combat pas seulement avec des centres de traitement, des équipes médicales et des protocoles. Elle se combat aussi avec la confiance. Lorsqu’une famille hésite à signaler un malade, qu’un contact refuse le suivi ou qu’une rumeur prend le dessus sur la parole scientifique, le virus gagne un précieux terrain. À Ebola, la désinformation offre parfois un raccourci que le virus n’aurait jamais trouvé seul.
Mais la responsabilité ne peut être rejetée uniquement sur les citoyens. La méfiance se nourrit aussi du silence, du manque d’explications et d’une communication qui ne répond pas toujours aux inquiétudes réelles. La riposte doit donc écouter autant qu’elle informe, expliquer autant qu’elle ordonne, dialoguer autant qu’elle sensibilise. La transparence n’est pas un luxe en période d’épidémie : elle est une arme sanitaire.
À Butembo, la bataille contre Ebola sera donc aussi une bataille pour la vérité. Se laver les mains, éviter les contacts à risque, signaler rapidement les cas suspects et respecter les recommandations sanitaires peuvent sauver des vies. Mais pour que ces gestes deviennent une discipline collective, il faut d’abord restaurer la confiance. Parce qu’en temps d’épidémie, une rumeur peut circuler plus vite qu’un virus — et parfois lui ouvrir la porte.
Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan.
Ebola à Butembo : quand la méfiance devient une seconde épidémie