×
Logo en chargement
CHARGEMENT...

Elites du Kivu : le baromètre qui met les députés du Sud-Kivu face au miroir de leur mandat

Voix du Paysan pour former et informer les citoyens : un engagement pour la justice sociale et climatique.

Au Parlement, les discours ne suffisent plus : les électeurs veulent des lois, du contrôle et des résultats. Avec son classement, Elites du Kivu tente de transformer l’appréciation populaire en thermomètre de la représentation politique.

Le baromètre d’Elites du Kivu a le mérite de poser une question que la démocratie congolaise ne peut plus esquiver : que font réellement nos élus une fois les portes de l’Assemblée nationale franchies ? Parmi les parlementaires distingués figurent Basoshi Iubwe Théophile, élu de Fizi, crédité de 63 % d’appréciation ; Banywesize Muhini, élu de Kalehe, avec 67 % ; et Cizungu Ntaboba Landry, élu de Bukavu, avec 58 %. Derrière ces chiffres se dessine une exigence nouvelle : le mandat parlementaire ne saurait être réduit à un siège, une écharpe ou une présence occasionnelle au Palais du peuple. Un député est d’abord un parlementaire élu par les citoyens pour porter leur voix, participer au vote des lois et exercer un contrôle sur l’action du gouvernement. C’est cette conception exigeante de la représentation que le baromètre remet au centre du débat.

Le même miroir renvoie une image contrastée avec Kitumaine Ndebirire Didier, élu de Kalehe, à 52 % ; Lutala Mutiki Trésor, élu de Mwenga, à 74 % ; et Césaire Matabaro, élu de Walungu, à 61 %. Les chiffres prennent tout leur sens lorsqu’on les confronte aux missions fondamentales d’un député : légiférer, contrôler et représenter. Le Parlement n’est pas une tribune destinée à multiplier les déclarations ; il est le cœur battant du pouvoir législatif. À cet égard, l’expérience des démocraties parlementaires, notamment celle de la Ve République française, rappelle qu’un député participe à la fabrication de la loi tout en surveillant l’action du gouvernement. En République démocratique du Congo aussi, l’électeur est en droit de demander des comptes : combien de lois défendues ? Combien d’actions parlementaires engagées ? Quelles prises de parole pour les territoires meurtris, les services publics défaillants et les citoyens oubliés ?

Le baromètre place ensuite Misare Mugomberwa Claude, élu d’Uvira, à 75 %, en tête des appréciations publiées, devant Théo Ngwabidje Kasi, élu d’Idjwi, à 68 %. Avec 3 propositions de lois et 22 actions parlementaires pour le premier, et 1 proposition de loi et 4 actions parlementaires pour le second, ces données illustrent, à leur manière, l’intérêt d’un suivi régulier de l’activité parlementaire. Mais Elites du Kivu devra désormais relever un défi essentiel : faire de son classement un véritable baromètre socio-politique des élus, fondé sur des critères transparents, vérifiables et régulièrement actualisés. Car mesurer l’action d’un député ne consiste pas seulement à compter les interventions : il faut aussi apprécier leur pertinence, leur impact et leur capacité à transformer les préoccupations des citoyens en décisions publiques. Le contrôle citoyen gagne ainsi en maturité lorsqu’il ne se contente plus d’applaudir les élus, mais exige des preuves.

Enfin, Sumaili Miseka Emile, élu de Shabunda, obtient 58 %, tandis que Wenda Mukangwa Placide, également élu de Shabunda, recueille 52 %. Ces résultats, présentés par Elites du Kivu comme une appréciation de la population et non comme un classement hiérarchique strict — les dix noms étant publiés par ordre alphabétique — ouvrent surtout une nouvelle saison politique : celle de la reddition de comptes. Le temps où l’électeur ne retrouvait son député qu’au moment des campagnes électorales semble appartenir à une démocratie d’un autre âge. Les peuples se réveillent, observent, comparent et, demain, sanctionneront dans les urnes ceux qui n’auront pas été capables de travailler efficacement pour eux. L’initiative d’Elites du Kivu, qui entend étendre son baromètre aux députés provinciaux, pourrait ainsi devenir bien davantage qu’un classement : un miroir permanent tendu aux élus, une vigie citoyenne et le rappel que le mandat parlementaire n’est pas une récompense, mais une dette contractée envers le peuple.

Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan.

Partager

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

×