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Jeux de la Francophonie : trois ans après, la facture de l’État reste ouverte

Voix du Paysan pour former et informer les citoyens : un engagement pour la justice sociale et climatique.

Trois ans après les projecteurs et les médailles, une autre compétition se joue à Kinshasa : celle des entreprises qui attendent toujours leurs paiements. 38 millions de dollars d’impayés viennent rappeler qu’un État se juge aussi à sa capacité à honorer sa signature.

Les Jeux de la Francophonie ont été présentés comme une vitrine du savoir-faire congolais, un rendez-vous destiné à redorer l’image de la RDC et à démontrer sa capacité à organiser un événement international. Mais derrière les infrastructures inaugurées et les cérémonies fastueuses, une réalité moins brillante persiste : des entreprises disent attendre encore 38 millions de dollars pour des travaux, des biens et des services livrés. Trois ans après, la fête est terminée, mais la facture, elle, demeure.

Le plus inquiétant n’est peut-être pas seulement le montant. C’est l’usure de la confiance. Des DTO, des correspondances, des instructions administratives et des promesses auraient circulé, sans que les comptes bancaires des créanciers ne soient effectivement crédités. Dans une économie déjà fragilisée, transformer une créance reconnue en interminable attente revient à transférer silencieusement le coût de la commande publique vers les entreprises, leurs travailleurs et leurs familles.

Derrière ces chiffres se trouvent plus de 3 000 acteurs économiques qui, directement ou indirectement, disent subir les conséquences de cette situation. Une dette publique qui s’éternise devient une dette sociale : trésoreries asséchées, emplois menacés, fournisseurs impayés, investissements reportés. L’État ne peut exiger du secteur privé qu’il respecte ses engagements tout en donnant l’impression que ses propres échéances sont négociables.

La RDC gagnerait donc à sortir du langage des promesses pour entrer dans celui des actes. Si les créances sont établies, il faut un calendrier public, crédible et exécutoire ; si la contrainte est budgétaire, des mécanismes transparents de préfinancement peuvent être examinés. Un grand événement international ne se mesure pas seulement à son spectacle, mais à la manière dont l’État traite ceux qui l’ont rendu possible. Trois ans après les Jeux, le véritable enjeu n’est plus de sauver une image : c’est de restaurer la parole publique.

La Rédaction

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