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Couloir Vert Kivu-Kinshasa : la forêt ne se sauvera pas sans une coalition des consciences

Voix du Paysan pour former et informer les citoyens : un engagement pour la justice sociale et climatique.

De la protection des parcs nationaux à l’économie verte, le Couloir Vert Kivu-Kinshasa révèle une vérité fondamentale : la conservation n’est plus seulement une affaire de biodiversité, mais de gouvernance, de justice sociale et de souveraineté économique.

La conservation de la nature a longtemps été pensée comme une forteresse à défendre contre l’homme. Des premiers parcs nationaux créés aux États-Unis à la fin du XIXᵉ siècle aux vastes aires protégées africaines héritées de l’époque coloniale, le modèle dominant reposait sur l’exclusion des communautés locales au nom de la préservation des écosystèmes. En République démocratique du Congo, cette vision a façonné l’histoire des grands espaces protégés, du Parc national des Virunga à celui de Kahuzi-Biega, souvent au prix de tensions entre impératifs écologiques et droits des populations riveraines. Pourtant, le XXIᵉ siècle impose un changement de paradigme : la conservation ne peut plus être une politique contre les habitants, mais avec eux. L’économie verte, les engagements climatiques et les marchés du carbone redéfinissent désormais la valeur stratégique des forêts du bassin du Congo, devenues un patrimoine mondial autant qu’un enjeu géopolitique.

C’est dans cette évolution qu’émerge le Couloir Vert Kivu-Kinshasa, vaste ambition de connecter les paysages forestiers, protéger les tourbières, préserver la biodiversité et promouvoir un développement fondé sur les ressources renouvelables. Mais derrière cette promesse se croisent une multitude d’acteurs aux intérêts parfois convergents, parfois contradictoires : l’État, les communautés locales, les peuples autochtones, les organisations de la société civile, les chercheurs, les bailleurs internationaux, les entreprises minières, les investisseurs du carbone et les partenaires techniques. Les luttes sont multiples : lutte contre la déforestation, contre l’exploitation illégale des ressources, contre la pauvreté énergétique, mais aussi lutte pour la reconnaissance des droits fonciers, pour le partage équitable des bénéfices et pour une gouvernance transparente. Sans justice sociale, la transition écologique risque de devenir une nouvelle source de conflits.

Les retombées potentielles du Couloir Vert sont considérables. Une gouvernance réussie pourrait créer des milliers d’emplois verts, renforcer l’agroécologie, développer l’écotourisme, attirer des financements climatiques, sécuriser les moyens de subsistance des communautés et faire de la forêt un véritable moteur de croissance durable. Mais ces bénéfices ne seront jamais automatiques. Ils dépendront de la capacité des institutions à garantir la transparence, à prévenir les conflits d’intérêts et à faire de la participation citoyenne un principe plutôt qu’un slogan. Les populations qui protègent quotidiennement les forêts doivent devenir les premières bénéficiaires de leur conservation, faute de quoi le Couloir Vert ne sera qu’une nouvelle carte administrative sans ancrage populaire.

La principale leçon est donc limpide : aucun acteur, aussi puissant soit-il, ne peut réussir seul. Le Couloir Vert Kivu-Kinshasa appelle une grande coalition nationale où les organisations communautaires, les mouvements de jeunes, les peuples autochtones, les universités, les médias, le secteur privé responsable et les pouvoirs publics parlent un langage commun. Une coalition fondée sur la confiance, le partage des connaissances, la défense des droits humains et une vision commune de l’économie verte. Car préserver le deuxième poumon de la planète n’est pas seulement une obligation environnementale ; c’est un choix de civilisation. L’avenir du bassin du Congo dépendra moins de la quantité de financements mobilisés que de la qualité des alliances construites autour d’une conviction simple : la forêt ne survivra que si ceux qui y vivent deviennent les véritables architectes de sa protection.

Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan

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