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RDC : en réclamant une loi qui protège réellement les défenseurs des droits humains, les voix du Nord et du Sud-Kivu rappellent à l’État qu’une démocratie ne se mesure pas à ses textes, mais au courage avec lequel elle protège celles et ceux qui dérangent

Voix du Paysan pour former et informer les citoyens : un engagement pour la justice sociale et climatique.

Une démocratie ne se juge jamais à la seule élégance de ses lois, mais à la manière dont elle protège les femmes et les hommes qui osent dénoncer ses failles. Trois ans après l’adoption de la loi relative à la protection des défenseurs des droits humains, les organisations du Nord-Kivu et du Sud-Kivu tirent la sonnette d’alarme : un texte censé garantir les libertés peut, lorsqu’il est imparfait, devenir un instrument de contraintes plutôt qu’un rempart contre les abus. En confiant à la députée nationale Adèle Bazizane Maheshe la mission de porter une réforme de cette législation devant le Parlement, ces acteurs ne demandent pas un privilège. Ils exigent simplement que la République tienne la promesse qu’elle a inscrite dans ses propres lois, dans sa Constitution et dans les conventions internationales qu’elle a librement ratifiées.

Cette bataille dépasse largement le cercle des défenseurs des droits humains. Elle concerne tous ceux qui, au quotidien, documentent les violations des droits fondamentaux, dénoncent les atteintes à l’environnement, combattent l’exploitation illégale des ressources naturelles, s’opposent aux pollutions, aux accaparements de terres ou aux projets destructeurs des écosystèmes. À travers toute l’Afrique, les militants écologistes et les sentinelles des droits humains paient souvent un lourd tribut pour avoir défendu les forêts, les rivières, les parcs nationaux et les communautés locales. Sans garanties juridiques solides, il ne peut exister ni justice climatique, ni gouvernance responsable des ressources naturelles, ni véritable développement durable.

Le gouvernement congolais ne peut ignorer cet appel. À l’heure où la RDC revendique un rôle central dans la protection du bassin du Congo, dans les négociations climatiques internationales et dans la promotion d’une économie verte, elle doit démontrer que la protection des défenseurs des droits humains constitue une priorité nationale. On ne peut prétendre défendre la biodiversité mondiale tout en laissant ceux qui dénoncent sa destruction évoluer dans l’incertitude juridique ou sous la menace permanente de poursuites. Les engagements internationaux de Kinshasa ne prendront tout leur sens que s’ils se traduisent par des garanties concrètes pour celles et ceux qui veillent, souvent au péril de leur liberté ou de leur vie, sur les droits humains et le patrimoine naturel du pays.

L’initiative portée par les défenseurs du Nord et du Sud-Kivu ouvre ainsi une occasion historique. Le Parlement a aujourd’hui l’opportunité de transformer une loi perfectible en un véritable bouclier républicain, capable de protéger celles et ceux qui interpellent les pouvoirs publics sans être réduits au silence. Car les grandes démocraties ne redoutent pas leurs lanceurs d’alerte ; elles les écoutent. Une République qui protège ses défenseurs protège aussi ses citoyens, ses forêts, ses rivières, sa biodiversité et son avenir. C’est à cette hauteur de vue que la RDC est désormais attendue, si elle veut faire de son ambition climatique et de son État de droit autre chose qu’une promesse.

Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan

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