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Quand le fleuve s’essouffle, c’est tout un pays qui vacille : l’étiage d’Inga révèle l’urgence de repenser l’avenir énergétique de la RDC au service de ses citoyens

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L’immensité du fleuve Congo a longtemps nourri l’imaginaire d’une République démocratique du Congo appelée à devenir le géant énergétique de l’Afrique. Pourtant, en ce cœur de saison sèche, la réalité est plus austère. L’étiage qui frappe le complexe hydroélectrique d’Inga, contraignant la Société nationale d’électricité (Snel) à mettre deux groupes de production à l’arrêt, rappelle avec brutalité qu’aucune richesse naturelle n’est inépuisable lorsqu’elle n’est ni suffisamment protégée ni suffisamment anticipée. À cette baisse historique du débit du fleuve s’ajoutent les déchets qui envahissent les installations, révélant les conséquences d’une gestion environnementale insuffisante et d’infrastructures soumises à une pression croissante.

Mais derrière les chiffres de production et les contraintes techniques se cache une réalité autrement plus préoccupante : celle des millions de Congolais qui vivent déjà au rythme des délestages. Pour les ménages, cela signifie des nuits dans l’obscurité, des aliments qui se détériorent et une insécurité accrue. Pour les élèves et les étudiants, ce sont des heures d’étude sacrifiées. Pour les hôpitaux, les petites entreprises, les artisans et les industriels, chaque coupure représente des pertes économiques, des soins compromis et des opportunités envolées. L’électricité n’est plus un simple service public ; elle est devenue une condition essentielle de la dignité, de l’éducation, de la santé et de la croissance économique.

Face à cette crise, les travaux de réhabilitation et d’entretien engagés par la Snel constituent une réponse nécessaire, mais ils ne sauraient masquer les défis structurels qui s’accumulent. Le changement climatique accentue les phénomènes d’étiage, tandis que l’ensablement, la pollution plastique et le manque d’investissements dans la modernisation des infrastructures fragilisent davantage un système déjà sous tension. Cette situation doit pousser les pouvoirs publics à accélérer la diversification du mix énergétique, à renforcer la maintenance préventive des installations et à promouvoir une gouvernance capable d’anticiper plutôt que de subir les crises.

L’épisode d’Inga doit être considéré comme un avertissement plutôt qu’une fatalité. Le potentiel énergétique exceptionnel de la RDC ne prendra tout son sens que lorsqu’il se traduira par un accès fiable, abordable et durable à l’électricité pour chaque citoyen. Le véritable enjeu n’est pas seulement de produire davantage de mégawatts, mais de garantir qu’ils éclairent les foyers, alimentent les écoles, soutiennent les hôpitaux, dynamisent les entreprises et restaurent la confiance d’une population qui aspire légitimement à un développement fondé sur des services publics performants. Car une nation qui ambitionne d’être le cœur énergétique de l’Afrique ne peut accepter que ses citoyens continuent à vivre dans l’ombre de ses immenses richesses.

Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan

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