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Quand le café ne nourrit plus son cultivateur : à Beni, l’effondrement des prix révèle les fragilités d’une filière abandonnée entre les caprices du marché mondial et les faiblesses locales

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À Kalemia Centre, dans le groupement Basongora, le café n’est pas seulement une culture de rente : il est la colonne vertébrale de l’économie familiale. Chaque saison, il paie les cahiers, les uniformes, les frais scolaires et redonne un souffle aux ménages ruraux. Pourtant, à quelques semaines de la rentrée scolaire, cette promesse s’effondre brutalement. En une seule campagne, le prix de la mesurette est passé de 3 500 à 1 500 francs congolais, plongeant les producteurs dans l’incertitude. Derrière cette chute se cache une réalité que l’émotion seule ne suffit pas à expliquer : le marché du café obéit à des lois bien plus vastes que les frontières du Nord-Kivu, et les cultivateurs de Beni en paient aujourd’hui le prix.

L’erreur serait de réduire cette baisse à une simple injustice commerciale. Le café est une matière première dont la valeur fluctue au rythme des récoltes mondiales, des stocks disponibles et de la spéculation internationale. En 2026, le Brésil, premier producteur mondial, a enregistré une récolte abondante, créant un excédent qui exerce une pression à la baisse sur les cours internationaux. À cette logique de l’offre et de la demande s’ajoute la saisonnalité propre au commerce local : pendant la récolte, les prix reculent souvent avant de remonter progressivement vers la période d’usinage et d’exportation, lorsque les opérateurs recherchent des volumes suffisants pour constituer leurs lots. Ce phénomène, bien connu des acteurs de la filière, rappelle que le café est un produit dont la valeur n’a jamais été véritablement stable.

Mais les turbulences du marché international ne doivent pas masquer les faiblesses structurelles de la filière congolaise. La qualité demeure un défi majeur. Les épisodes de forte chaleur observés cette année ont accéléré le dessèchement des cerises, réduisant leur poids et altérant la qualité des grains. Or, sur le marché mondial, la qualité se paie, tandis que les défauts se sanctionnent immédiatement par une décote. À cela s’ajoute une production nationale encore insuffisante pour peser dans les échanges internationaux. Malgré un potentiel agroécologique exceptionnel, la RDC reste absente du cercle des grands producteurs africains, handicapée par de faibles rendements, des infrastructures déficientes, un accès limité aux technologies de transformation et une organisation encore fragile de la commercialisation.

La véritable urgence dépasse donc la question du prix du jour. Elle consiste à bâtir une filière café capable de résister aux soubresauts des marchés mondiaux. Cela implique des investissements dans la qualité, la transformation locale, la certification, le stockage, l’accès à l’information sur les marchés et des mécanismes de stabilisation des revenus des producteurs. Sans cette ambition, chaque baisse des cours replongera les familles rurales dans la même angoisse, transformant une richesse agricole en facteur de précarité. Le café congolais ne manque ni de saveur ni de réputation potentielle ; il lui manque une politique capable de faire en sorte que ceux qui le cultivent soient enfin les premiers bénéficiaires de sa valeur.

Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan

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