×
Logo en chargement
CHARGEMENT...

Parc national des Virunga : si l’humanité laisse mourir le plus ancien parc d’Afrique, c’est son propre avenir qu’elle condamne entre les flammes de la déforestation, l’expansion agricole et l’absence d’un nouveau contrat social avec les communautés riveraines

Voix du Paysan pour former et informer les citoyens : un engagement pour la justice sociale et climatique.

Goma (Nord-Kivu, République démocratique du Congo), 29 juillet 2026. Au cœur de l’un des plus importants réservoirs mondiaux de biodiversité, le Parc national des Virunga traverse une crise qui dépasse désormais le simple cadre de la conservation. Créé en 1925, ce patrimoine mondial est aujourd’hui confronté à une pression anthropique sans précédent. L’expansion de l’agriculture, la coupe illégale du bois, la production de charbon de bois, les implantations humaines, le braconnage, les groupes armés et l’exploitation incontrôlée des ressources naturelles grignotent progressivement les limites de cette aire protégée. Derrière ces pratiques se trouvent des populations rurales en quête de survie, des réseaux économiques informels, parfois des acteurs politiques, des exploitants illégaux et des groupes criminels qui profitent de la fragilité institutionnelle. Le véritable défi n’est donc pas seulement écologique : il est profondément social, économique et politique.

Imaginer la disparition des Virunga reviendrait à accepter l’effondrement d’un patrimoine naturel irremplaçable. Ce parc protège des centaines d’espèces animales et végétales, dont les emblématiques gorilles de montagne, tout en assurant des services écosystémiques essentiels : régulation du climat, protection des bassins versants, fertilité des sols, stockage du carbone et maintien des ressources en eau. Sa destruction accélérerait la perte de biodiversité, aggraverait les effets du changement climatique et augmenterait les risques sanitaires liés à la dégradation des écosystèmes. Les communautés riveraines, premières victimes de cette détérioration, verraient s’accentuer l’insécurité alimentaire, la pauvreté, les maladies liées à la pollution et la vulnérabilité face aux catastrophes naturelles telles que les glissements de terrain et les inondations.

Opposer la conservation au développement constitue une erreur stratégique. Les populations vivant autour des Virunga ne peuvent être considérées comme des adversaires de la nature lorsqu’elles n’ont souvent d’autre choix que d’exploiter les ressources pour nourrir leurs familles. La véritable solution consiste à construire un nouveau pacte entre l’État, l’Institut Congolais pour la Conservation de la Nature (ICCN), les autorités provinciales, les partenaires techniques, le secteur privé et les communautés locales. Ce pacte doit garantir des moyens de subsistance durables grâce à l’agroécologie, aux cultures intensives hors du parc, à la diffusion de foyers améliorés, aux énergies propres, au reboisement communautaire, à l’écotourisme, à la création d’emplois verts, aux paiements pour services environnementaux et à une gouvernance transparente des ressources naturelles. La protection durable d’une aire protégée ne se gagne ni uniquement avec des armes ni uniquement avec des lois ; elle se construit d’abord par la justice sociale.

Les Virunga représentent aujourd’hui un test majeur de la capacité de la République démocratique du Congo à concilier développement humain et responsabilité environnementale. Laisser disparaître ce parc serait un aveu collectif d’échec et une perte irréversible pour l’Afrique comme pour le monde. En revanche, investir dans un modèle où la conservation devient une source de prospérité pour les communautés transformerait cette crise en opportunité historique. Les décideurs publics, les partenaires internationaux, les chercheurs, la société civile et les citoyens doivent comprendre qu’il ne s’agit plus seulement de sauver un parc, mais de préserver un capital naturel indispensable à la paix, à la santé publique, à la résilience climatique et au développement durable des générations présentes et futures. Les Virunga ne demandent pas la charité ; ils exigent une vision politique à la hauteur de leur valeur universelle.

Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan

Partager

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

×