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De la dépendance au charbon de bois à la souveraineté énergétique : la RDC ouvre enfin le chantier historique de la cuisson propre pour réconcilier climat, santé publique et développement durable

Voix du Paysan pour former et informer les citoyens : un engagement pour la justice sociale et climatique.

Pendant des décennies, la cuisson domestique est restée l’une des grandes absentes des politiques publiques congolaises, alors même qu’elle constitue un enjeu majeur de santé, d’environnement, d’économie et de justice sociale. Derrière les foyers alimentés au charbon de bois ou au bois de chauffe se cache une réalité préoccupante : des millions de familles exposées quotidiennement à une pollution de l’air meurtrière, des forêts soumises à une pression croissante et une dépendance énergétique qui fragilise le développement du pays. En adoptant sa Stratégie nationale de cuisson propre 2025-2050, avec l’appui du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), la République démocratique du Congo reconnaît enfin que la transition énergétique commence aussi dans les cuisines des ménages.

L’ambition affichée est à la hauteur des défis. Permettre à 40 millions de Congolais d’accéder à des solutions de cuisson propre d’ici 2030 dépasse largement la simple diffusion de technologies modernes. Il s’agit de transformer un modèle énergétique qui entretient la déforestation, accélère les émissions de gaz à effet de serre et alourdit le fardeau sanitaire des populations les plus vulnérables, notamment les femmes et les enfants. En visant une réduction de plus de 2 100 millions de tonnes équivalent CO₂, cette stratégie inscrit la RDC dans une dynamique où la protection du climat devient un levier de développement humain et de prospérité économique.

Mais une stratégie, aussi ambitieuse soit-elle, ne vaut que par sa mise en œuvre. Le véritable défi résidera dans la capacité de l’État à mobiliser les financements, encourager l’innovation, soutenir les entreprises locales, renforcer les chaînes d’approvisionnement et rendre les équipements propres financièrement accessibles aux ménages. Sans une gouvernance rigoureuse, des mécanismes d’incitation efficaces et une implication active des provinces, des collectivités locales, du secteur privé et des partenaires techniques et financiers, cette vision pourrait demeurer un document de référence plutôt qu’un véritable moteur de transformation.

Au fond, la cuisson propre représente bien davantage qu’une politique énergétique : elle est un choix de société. Celui d’un pays qui décide de protéger ses forêts sans sacrifier les besoins de sa population, de préserver la santé publique tout en stimulant une économie verte créatrice d’emplois, et d’honorer ses engagements climatiques sans renoncer à son développement. Si cette stratégie est conduite avec constance, transparence et volonté politique, elle pourrait devenir l’un des héritages les plus structurants de la transition écologique congolaise, démontrant que les grandes révolutions commencent parfois dans les gestes les plus quotidiens.

Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan

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