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Quand la guerre gonfle les profits : les 11,2 milliards de dollars de TotalEnergies ravivent le procès des énergies fossiles et l’urgence d’une justice climatique mondiale

Voix du Paysan pour former et informer les citoyens : un engagement pour la justice sociale et climatique.

En annonçant un bénéfice net de 11,2 milliards de dollars au premier semestre 2026, en hausse de 72 % par rapport à la même période de l’année précédente, TotalEnergies rappelle une réalité aussi ancienne que dérangeante : dans l’économie des hydrocarbures, les crises géopolitiques se traduisent souvent par des opportunités financières exceptionnelles. Alors que la guerre au Moyen-Orient continue de perturber les marchés énergétiques et de faire grimper les prix du pétrole, les grandes compagnies pétrolières voient leurs résultats s’envoler, pendant que les ménages, notamment les plus modestes, supportent le poids de la hausse du coût des carburants, des transports et, par ricochet, des produits de première nécessité. Ce contraste nourrit un profond sentiment d’injustice économique et climatique.

Au-delà des chiffres spectaculaires, cette situation interroge le modèle énergétique mondial. Chaque flambée des cours du pétrole enrichit davantage les géants des combustibles fossiles, tandis qu’elle retarde les investissements indispensables dans les énergies renouvelables et les politiques de transition. Le paradoxe est saisissant : les catastrophes climatiques se multiplient, les engagements internationaux en faveur de la réduction des émissions de gaz à effet de serre se renforcent, mais les bénéfices records des majors pétrolières démontrent que l’économie mondiale reste fortement dépendante du pétrole. Tant que cette dépendance perdurera, les conflits continueront d’alimenter les profits, et les profits continueront de ralentir la sortie des énergies fossiles.

Les appels des organisations de la société civile réclamant une taxation plus ambitieuse des bénéfices exceptionnels des compagnies pétrolières ne relèvent plus d’une posture idéologique, mais d’une exigence de justice. Les revenus générés par ces profits extraordinaires pourraient contribuer au financement de l’adaptation climatique, de la transition énergétique, de la protection des populations les plus vulnérables et de l’accès universel à une énergie propre. Il est difficilement acceptable que les conséquences économiques des guerres soient supportées par les citoyens, tandis que les gains qu’elles génèrent profitent principalement aux actionnaires des multinationales des hydrocarbures.

L’histoire retiendra peut-être que les années 2020 auront été celles où l’humanité connaissait simultanément une urgence climatique sans précédent, une succession de conflits internationaux et des bénéfices records pour l’industrie pétrolière. Ce paradoxe ne peut plus être considéré comme une fatalité. Il appelle une réponse politique courageuse : accélérer la sortie des énergies fossiles, renforcer la fiscalité sur les superprofits liés aux hydrocarbures, investir massivement dans les énergies renouvelables et faire prévaloir l’intérêt collectif sur la logique du profit. Car il est moralement inacceptable que la guerre enrichisse ceux dont le modèle économique contribue déjà à aggraver la crise climatique, pendant que les populations paient, elles, le prix de l’instabilité, de la pollution et des dérèglements environnementaux.

Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan

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