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L’extrait de rôle publié par la Cour constitutionnelle annonçant l’examen de la loi fixant les conditions d’organisation du référendum ouvre une nouvelle séquence politique en République démocratique du Congo. Juridiquement, cette démarche relève du fonctionnement normal des institutions avant la promulgation d’une loi. Mais politiquement et socialement, elle intervient dans un contexte où les attentes de la population semblent se situer ailleurs. Pour une grande partie des Congolais, le débat n’est pas d’abord celui des mécanismes référendaires, mais celui de la survie quotidienne. Lorsqu’une nation vit sous la menace permanente de l’insécurité, de la pauvreté et de l’effondrement des services publics, les priorités populaires ne coïncident pas toujours avec l’agenda institutionnel.
Du Nord-Kivu à l’Ituri, du Sud-Kivu au Maï-Ndombe, des milliers de familles continuent de subir les conséquences des conflits armés, des déplacements forcés et de la précarité économique. Dans plusieurs villes, le coût de la vie ne cesse d’augmenter tandis que le pouvoir d’achat s’effrite. Les jeunes diplômés peinent à accéder à un emploi, les enseignants et les agents publics revendiquent des salaires décents, les structures sanitaires manquent de moyens et des millions d’enfants rencontrent encore des obstacles pour accéder à une éducation de qualité. Dans ces conditions, beaucoup de citoyens estiment que l’urgence nationale consiste moins à organiser un référendum qu’à garantir la sécurité, restaurer l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire et améliorer concrètement les conditions de vie.

Une démocratie solide ne se mesure pas uniquement à la fréquence des consultations populaires, mais aussi à la capacité des institutions à répondre aux besoins fondamentaux de leurs citoyens. Les infrastructures routières demeurent insuffisantes dans plusieurs provinces, compliquant les échanges économiques et l’intégration nationale. Les agriculteurs peinent à écouler leurs récoltes, les entrepreneurs évoluent dans un environnement difficile et les populations attendent des politiques publiques capables de transformer les ressources du pays en prospérité partagée. Le véritable contrat social se construit d’abord autour de la sécurité, de l’emploi, de la santé, de l’éducation et d’un État capable d’assurer sa présence effective sur toute l’étendue du territoire.
Le débat sur le référendum n’est donc pas seulement une question de droit constitutionnel ; il est aussi une question d’opportunité politique. Dans une démocratie, la légitimité des réformes dépend autant de leur conformité à la Constitution que de leur adéquation avec les préoccupations du peuple. Les Congolais ne demandent pas uniquement des institutions qui fonctionnent ; ils réclament un État qui protège, qui soigne, qui éduque, qui crée des emplois et qui garantit la paix. Tant que ces aspirations essentielles demeureront insatisfaites, toute réforme institutionnelle risque d’être perçue, à tort ou à raison, comme éloignée des véritables urgences de la nation.
Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan