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Il arrive qu’un rapport fasse davantage que révéler des faits : il oblige une nation à regarder en face ce qu’elle préfère ignorer. La nouvelle enquête de Human Rights Watch sur les activités pétrolières de Perenco à Muanda appartient à cette catégorie. Ce document ne décrit pas seulement des atteintes présumées à l’environnement ; il met en lumière les contradictions d’un modèle de développement qui continue de transformer les richesses naturelles de la République démocratique du Congo en source de souffrances pour les populations riveraines. Derrière les barils de pétrole se dessinent des terres polluées, des eaux contaminées, des fumées toxiques, des familles privées de leur droit fondamental à vivre dans un environnement sain. Pendant que le monde célèbre le rôle stratégique du Bassin du Congo dans la lutte contre le changement climatique, Muanda rappelle que la transition écologique ne peut être crédible si elle laisse prospérer des zones de sacrifice.

Le plus inquiétant n’est peut-être pas la gravité des faits rapportés, mais leur caractère récurrent. Depuis des années, les communautés locales, les organisations de la société civile et les défenseurs de l’environnement alertent sur les conséquences des activités pétrolières dans cette région. Pourtant, les réponses demeurent insuffisantes, les enquêtes tardent, les responsabilités restent floues et les réparations se font attendre. Cette inertie nourrit un dangereux sentiment d’impunité. Un État qui tolère durablement de telles situations prend le risque de fragiliser sa propre crédibilité, aussi bien auprès de ses citoyens que de ses partenaires internationaux. La justice environnementale ne peut rester un slogan destiné aux conférences internationales ; elle doit devenir une réalité visible dans les territoires où vivent les populations les plus exposées.

C’est dans ce contexte que l’appel lancé par Pascal Mirindi et la campagne Notre Terre Sans Pétrole dépasse largement le cadre d’une revendication citoyenne. Il exprime une exigence de responsabilité publique. Suspendre toute extension des activités pétrolières à Muanda tant que la lumière n’est pas faite sur les allégations, publier les audits environnementaux, diligenter une enquête indépendante, assurer la dépollution des sites, indemniser les victimes et protéger les défenseurs de l’environnement ne constituent pas des revendications excessives. Ce sont les conditions minimales d’un État de droit soucieux de respecter ses engagements nationaux et internationaux. Plus largement encore, cette mobilisation rappelle que la République démocratique du Congo ne pourra durablement prétendre au leadership climatique africain qu’en plaçant la protection de ses citoyens au cœur de sa politique environnementale.

L’histoire retiendra moins les discours que les décisions prises à partir de cette enquête. Les autorités congolaises, les institutions judiciaires, les parlementaires, les partenaires techniques et financiers, les bailleurs, les médias et les organisations internationales sont désormais placés devant leurs responsabilités. Ignorer ces révélations reviendrait à institutionnaliser l’impunité environnementale. Agir, au contraire, serait ouvrir la voie à une nouvelle gouvernance fondée sur la transparence, la réparation et la responsabilité. Muanda n’attend plus des promesses ; elle attend des actes. Car la véritable richesse d’une nation ne se mesure pas au volume de pétrole extrait de son sous-sol, mais à sa capacité de protéger la dignité de celles et ceux qui vivent sur sa terre.
Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan