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Butembo ensevelie sous les déchets : quand l’insalubrité devient le miroir d’une gouvernance défaillante et l’urgence d’un sursaut politique avant une nouvelle catastrophe sanitaire

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L’image d’une ville ne se mesure pas seulement à ses bâtiments ou à son dynamisme économique, mais aussi à sa capacité à offrir à ses habitants un environnement sain et digne. Aujourd’hui, Butembo, l’une des principales villes du Nord-Kivu, donne pourtant le spectacle préoccupant d’une cité où les montagnes d’immondices gagnent du terrain pendant que les responsabilités se perdent dans les méandres administratifs. En tirant la sonnette d’alarme, l’organisation Kipaji na Mazingira Festival (KIMAFEST) ne dénonce pas simplement une crise de salubrité : elle met en lumière un échec de gouvernance qui menace directement la santé publique, la confiance des citoyens et la crédibilité des institutions locales.

Le paradoxe est difficile à ignorer. Les taxes continuent d’être perçues avec régularité, mais les services publics essentiels peinent à répondre aux attentes les plus élémentaires de la population. Des rues transformées en dépotoirs, des caniveaux obstrués, des déchets abandonnés à proximité des habitations : autant de signes d’une gestion urbaine qui semble avoir perdu de vue sa mission première. Dans une région régulièrement confrontée aux épidémies, notamment à la menace persistante d’Ebola, l’insalubrité n’est pas une simple question esthétique. Elle constitue un facteur aggravant des risques sanitaires et un révélateur de l’incapacité des pouvoirs publics à anticiper les crises plutôt qu’à les subir.

Il est désormais temps que les autorités locales, provinciales et nationales cessent de considérer la salubrité comme une dépense secondaire ou une opération ponctuelle destinée à calmer les critiques. Butembo a besoin d’une politique publique ambitieuse, dotée de moyens financiers transparents, d’un système moderne de collecte et de traitement des déchets, d’une implication des communes, des acteurs privés, des organisations citoyennes et des partenaires techniques. Chaque franc destiné à l’assainissement doit être traçable, chaque responsable comptable de ses engagements, et chaque citoyen convaincu que sa contribution fiscale finance effectivement des services visibles. Sans cette exigence de redevabilité, les discours sur le développement urbain resteront de simples promesses sans lendemain.

L’appel de KIMAFEST dépasse ainsi les frontières de Butembo. Il interpelle tous les décideurs de la République démocratique du Congo sur la nécessité de replacer la gestion des villes au cœur des politiques publiques. Une ville propre n’est pas un privilège réservé aux métropoles les plus riches ; elle est le premier indicateur d’un État qui respecte ses citoyens et protège leur avenir. Les autorités disposent encore de l’occasion de transformer cette alerte en un véritable tournant politique. Car gouverner, ce n’est pas attendre que les déchets deviennent une crise nationale ou qu’une nouvelle épidémie rappelle, dans la douleur, le prix de l’inaction. C’est agir maintenant, avec courage, transparence et responsabilité, afin que Butembo redevienne le symbole d’une ville résiliente plutôt que celui d’un abandon institutionnel.

Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan

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