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Quand l’université choisit d’enseigner la paix plutôt que de subir la guerre : à Bukavu, une nouvelle génération d’enseignants se prépare à faire des auditoires des laboratoires de cohésion sociale

Voix du Paysan pour former et informer les citoyens : un engagement pour la justice sociale et climatique.

À l’Est de la République démocratique du Congo, où les violences armées, les fractures sociales et les discours de haine continuent d’éprouver le tissu national, l’université est appelée à dépasser sa mission traditionnelle de transmission des connaissances. Elle doit désormais former des citoyens capables de prévenir les conflits, de déconstruire les préjugés et de bâtir des sociétés plus résilientes. C’est dans cette perspective que s’inscrit la clôture, le 24 juillet 2026 à Bukavu, de la troisième cohorte de formation sur la pédagogie de la paix, organisée dans le cadre du projet « Université, germoir de paix » porté par le CRECOPAX-GL. Cette initiative constitue bien davantage qu’une simple session académique : elle traduit la volonté de faire de l’enseignement supérieur un acteur stratégique de la stabilisation durable de l’Est du pays.

Le mérite de cette formation réside dans la qualité de son approche. En réunissant des enseignants d’universités et d’instituts supérieurs autour de modules consacrés aux théories des conflits, à la transformation sociale, à la pédagogie universitaire de la paix, à l’enseignement en contexte sensible, à l’intégration de la paix dans les curricula et aux méthodologies de recherche, les organisateurs ont privilégié une vision systémique. Il ne s’agit plus seulement d’enseigner la paix comme un concept, mais d’en faire une pratique quotidienne dans les amphithéâtres, les laboratoires de recherche et les interactions entre enseignants et étudiants. Le certificat de deux crédits délivré conjointement par l’Université Officielle de Bukavu et le CRECOPAX-GL consacre ainsi une expertise appelée à produire des effets bien au-delà des salles de formation.

Cette expérience rappelle une évidence souvent négligée : les guerres ne se gagnent pas uniquement sur les champs de bataille, elles se préviennent aussi dans les salles de classe. Les universités ont le pouvoir de façonner les imaginaires, d’encourager l’esprit critique et de promouvoir le dialogue plutôt que la confrontation. Dans une région où plusieurs générations ont grandi au rythme des crises sécuritaires, former des enseignants à la pédagogie de la paix revient à investir dans les artisans d’une nouvelle culture citoyenne. Chaque cours revisité, chaque débat mieux encadré et chaque recherche orientée vers la résolution pacifique des conflits représentent une victoire silencieuse contre la violence.

Le défi commence désormais après la remise des certificats. La crédibilité de cette initiative dépendra de la capacité des établissements d’enseignement supérieur à intégrer durablement ces acquis dans leurs programmes, leurs pratiques pédagogiques et leurs politiques institutionnelles. Avec l’appui d’Open Society Foundations, le projet « Université, germoir de paix » ouvre une voie prometteuse. Il appartient maintenant aux universités, aux pouvoirs publics et à l’ensemble des partenaires académiques d’en faire un véritable mouvement de transformation. Car une paix durable ne se décrète pas : elle s’enseigne, se cultive et se transmet, génération après génération.

Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan

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