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La 17ᵉ épidémie d’Ebola qui frappe la République démocratique du Congo ne constitue plus seulement une crise de santé publique. Selon une nouvelle évaluation du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), elle se transforme progressivement en une crise de développement susceptible d’affecter durablement l’économie nationale et régionale. L’absence d’un vaccin homologué contre la souche Bundibugyo, combinée à l’insécurité persistante dans l’Est du pays et à l’intensité des échanges commerciaux transfrontaliers, crée une situation inédite où les effets de l’épidémie dépassent largement les structures sanitaires. Le rapport estime que, même dans le scénario le plus favorable, la RDC pourrait perdre plus d’un milliard de dollars de produit intérieur brut et des dizaines de milliers d’emplois, tandis qu’un scénario de « polycrise » ferait grimper les pertes économiques à 3,6 milliards de dollars pour le continent africain.
L’étude met surtout en lumière une réalité souvent reléguée au second plan des réponses d’urgence : Ebola frappe plus durement les populations déjà fragilisées par la pauvreté. Les ménages les plus modestes verraient leur pouvoir d’achat diminuer davantage que les catégories les plus aisées, avec des conséquences directes sur l’alimentation, la santé et l’éducation. Le PNUD avertit notamment que les perturbations des services de santé pourraient provoquer plusieurs milliers de décès supplémentaires d’enfants de moins de cinq ans atteints de maladies pourtant évitables, tandis que des dizaines de milliers d’élèves risqueraient d’abandonner l’école sous l’effet des difficultés économiques et de la peur de la contamination. Les femmes apparaissent comme les premières victimes de cette onde de choc, leur forte présence dans le commerce transfrontalier informel et dans les activités de soins les exposant à une double vulnérabilité économique et sociale.
Face à ces risques, le PNUD plaide pour une riposte qui dépasse le seul cadre médical. L’organisation recommande d’associer aux interventions sanitaires des mesures économiques capables de préserver les revenus des ménages, de soutenir les femmes commerçantes, de maintenir les corridors commerciaux ouverts grâce à des dispositifs de contrôle sanitaire adaptés et de protéger les budgets consacrés aux services sociaux essentiels. L’institution appelle également à accélérer la recherche sur un vaccin contre la souche Bundibugyo et invite les partenaires internationaux à renforcer leur appui technique et financier. Le message est clair : si l’épidémie n’est pas combattue simultanément sur les fronts sanitaire, économique et social, la RDC risque de voir une crise épidémique se transformer en une véritable crise de développement dont les conséquences pourraient durablement dépasser ses frontières.
Emmanuel Ndimwiza
Éditeur
Ebola en RDC : au-delà de l’urgence sanitaire, le PNUD alerte sur une bombe socioéconomique capable de faire basculer un million de personnes dans l’extrême pauvreté et d’ébranler toute l’Afrique centrale