Voix du Paysan pour former et informer les citoyens : un engagement pour la justice sociale et climatique.
Dans le territoire insulaire d’Idjwi, au cœur du lac Kivu dans la province du Sud-Kivu en République démocratique du Congo, les forêts subissent une pression constante liée à la croissance démographique, à la forte dépendance au bois-énergie et à l’extension progressive des terres agricoles ; la production de charbon de bois constitue pour de nombreuses familles une source essentielle de revenus, tandis que l’agriculture de subsistance reste le principal moyen de survie, ce qui entraîne une réduction accélérée du couvert forestier et une fragilisation des sols ; face à cette réalité, les organisations locales tentent d’intervenir, mais elles évoluent dans un contexte marqué par l’insuffisance de moyens techniques, l’absence de planification territoriale rigoureuse et la difficulté de concilier impératifs environnementaux et urgences sociales, rendant la gestion durable des ressources forestières particulièrement complexe sur cette île enclavée.
La parole aux insulaires : entre nécessité économique et inquiétude écologique
Au cours de notre émission et campagne citoyenne La parole aux insulaires, menée dans différents groupements d’Idjwi, les habitants rencontrés ont exprimé des préoccupations à la fois lucides et contradictoires : beaucoup reconnaissent la disparition progressive des forêts, la baisse de fertilité des sols et l’irrégularité des pluies, mais soulignent également qu’ils n’ont souvent pas d’alternative immédiate au bois comme source d’énergie ni à l’expansion agricole pour nourrir leurs familles ; certains dénoncent l’absence d’un encadrement technique régulier et d’un cadastre forestier clair, d’autres pointent le manque d’accompagnement économique pour développer des activités génératrices de revenus compatibles avec la protection de l’environnement ; tous s’accordent cependant sur la nécessité d’une action collective mieux organisée, estimant que la sensibilisation seule ne suffit plus et qu’il faut des solutions concrètes, durables et adaptées aux réalités insulaires.
Quelles stratégies locales pour une gouvernance forestière durable ?
Sur le terrain, plusieurs stratégies sont progressivement mises en œuvre par les organisations locales : le reboisement communautaire à travers des campagnes annuelles de plantation, la création de pépinières locales pour assurer la disponibilité continue de plants, la promotion de l’agroforesterie afin d’intégrer les arbres dans les exploitations agricoles, la diffusion de foyers améliorés pour réduire la consommation de bois-énergie, ainsi que la mise en place de comités villageois chargés de la gestion participative des ressources naturelles ; certaines initiatives encouragent également la diversification des revenus, notamment par l’apiculture, la culture d’arbres fruitiers ou la valorisation de produits forestiers non ligneux, afin de diminuer la dépendance au charbon de bois ; toutefois, pour que ces stratégies produisent un impact durable, elles doivent s’inscrire dans une approche intégrée combinant sécurisation foncière, plan de gestion forestière structuré, renforcement des capacités techniques, suivi participatif et partenariats solides avec les autorités provinciales et les acteurs de développement, afin de transformer la protection des forêts d’Idjwi en véritable levier de développement durable plutôt qu’en réponse ponctuelle à une crise environnementale persistante.
La Rédaction
Sud-Kivu – Idjwi : entre pression démographique, bois-énergie et agriculture de subsistance, quelles stratégies réelles les organisations locales mettent-elles en place pour sauver les forêts de l’île ?