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Richesses naturelles en Afrique : quand l’exploitation minière, pétrolière et forestière devient un catalyseur de conflits et de vulnérabilités socio-environnementales

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Du Sahel à l’Afrique centrale, en passant par les Grands Lacs et le golfe de Guinée, les pays africains dotés d’immenses ressources naturelles demeurent confrontés à un paradoxe troublant : leurs richesses, plutôt que de garantir développement et stabilité, alimentent conflits, dégradations écologiques, corruption et inégalités sociales. Les enquêtes menées par les journalistes de www.dec-rdc.org dans plusieurs régions du continent révèlent les mécanismes qui transforment mines, pétrole et forêts en sources de tensions persistantes. Sur les terrains visités, populations locales, experts, chefs coutumiers et acteurs de la société civile décrivent une réalité complexe où l’abondance s’accompagne trop souvent de vulnérabilités profondes.

Mines : richesses souterraines, instabilité en surface

Dans de nombreux pays africains du Sahel aux régions minières de la Afrique centrale l’exploitation des minerais stratégiques continue de générer des tensions multidimensionnelles. Au Ghana, par exemple, la ruée vers l’or dans les zones rurales a alimenté des affrontements réguliers entre exploitants artisanaux et forces de sécurité. En Zambie, dans les sites de cuivre du Copperbelt, de nombreuses communautés invoquent la pollution des rivières et des maladies respiratoires liées à la poussière minière.

Dans les régions plus instables, comme l’est de la République démocratique du Congo ou certaines zones aurifères du Soudan, les minerais tels que le coltan, l’or ou le cobalt deviennent un carburant direct pour les groupes armés. À Rubaya, un habitant confie : Chaque fois que les compagnies arrivent, les tensions reprennent. Ceux qui exploitent artisanalement n’ont nulle part où aller, et nous sommes pris au milieu.

Les journalistes de www.dec-rdc.org ont documenté plusieurs cas de pollution, notamment dans le territoire congolais de Mwenga mais aussi dans des zones minières du Burkina Faso où l’utilisation du mercure contamine les sols et les eaux. Partout, le même constat : la richesse minière nourrit espoirs et convoitises, mais souvent au détriment des populations riveraines.

Pétrole : promesses financières, réalités écologiques et tensions sociales

Les zones pétrolières africaines du delta du Niger au golfe de Guinée en passant par les rives du lac Albert concentrent un autre type de conflit : celui qui oppose promesses économiques et impacts environnementaux.

En Nigeria, où des fuites pétrolières ravagent régulièrement les terres agricoles et les mangroves du delta, un pêcheur de Bonny déclare : Même quand nous dénonçons les marées noires, personne ne nous écoute. Le pétrole rapporte beaucoup, mais pas à nous.

Au Ouganda, les projets pétroliers du lac Albert et du pipeline EACOP ont suscité des préoccupations similaires : déplacements de populations, risques sur les eaux du bassin du Nil, conflits fonciers et contestations juridiques. Au Congo Central, à Muanda, les journalistes de www.dec-rdc.org ont relevé des témoignages sur des fuites récurrentes affectant les zones de pêche artisanale.

De nombreux habitants, dépendants de l’agriculture ou de la pêche, dénoncent la destruction progressive de leurs moyens de subsistance. Le contraste entre les gigantesques revenus attendus et les réalités locales nourrit frustrations, protestations et un profond sentiment d’injustice.

Forêts tropicales : déforestation, accaparement des terres et violation des droits coutumiers

Le bassin du Congo, les massifs guinéens ou encore les forêts d’Afrique de l’Est subissent une pression croissante. Au Cameroun et en Gabon, des concessions forestières ont été attribuées sans consultation adéquate des communautés riveraines, créant des conflits fonciers persistants. Dans la province congolaise de la Tshopo, des villages entiers affirment avoir été privés de leurs terres ancestrales au profit d’entreprises forestières étrangères. Dans certains territoires du Congo-Brazzaville, des leaders autochtones regroupés dans des associations communautaires expliquent : Les forêts ne sont pas seulement des arbres, ce sont nos pharmacies, nos marchés, nos lieux spirituels. Sans elles, nous perdons tout.

La déforestation alimentée par l’exploitation illégale, le charbonnage ou l’expansion agro-industrielle fragilise également les écosystèmes, détruit la biodiversité et accentue les effets des changements climatiques. Certaines zones jadis fertiles dans la Mongala ou en Guinée forestière deviennent impropres à l’agriculture, poussant de nombreuses familles à migrer vers des villes déjà surpeuplées.

Gouvernance environnementale : faiblesse structurelle et montée des tensions communautaires

Qu’il s’agisse de mines, de pétrole ou de forêts, un facteur revient systématiquement dans toutes les enquêtes de www.dec-rdc.org : la fragilité des systèmes de gouvernance. Dans plusieurs pays africains, les institutions manquent de moyens, d’indépendance et parfois de volonté politique pour assurer un contrôle efficace des exploitations. Au Sénégal par exemple, des organisations environnementales dénoncent l’opacité entourant certains projets miniers et énergétiques. En Tanzanie, des communautés riveraines se plaignent du manque de consultation dans l’attribution de concessions forestières.

Dans les régions du Grand Nord-Kivu, les comités locaux citent l’absence de transparence dans la redistribution des redevances minières comme l’une des sources majeures de tensions : Les taxes sont payées, mais nous ne voyons aucun développement, explique un chef coutumier interrogé. Cette gouvernance fragile favorise la corruption, accroît la méfiance entre l’État, les entreprises et les communautés, et alimente de nombreux conflits locaux. Elle empêche surtout la mise en place de modèles économiques durables, capables de transformer la richesse naturelle en développement concret pour les populations.

Une urgente nécessité de repenser la gestion des ressources naturelles en Afrique

Les ressources naturelles africaines représentent un potentiel immense, mais leur exploitation actuelle expose les pays à de fortes vulnérabilités socio-économiques, environnementales et sécuritaires. Les enquêtes de www.dec-rdc.org montrent que la solution passe par une gouvernance plus inclusive, transparente et équitable. La reconnaissance des droits communautaires, l’accès à l’information, le partage juste des revenus, la lutte contre la corruption et la protection des écosystèmes sont autant de leviers essentiels pour transformer ces richesses en véritables moteurs de développement durable — et non en sources de conflits.

La Rédaction

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