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La situation actuelle de la Prison centrale de Beni Kangbayi est alarmante et interpelle profondément la conscience nationale. Selon le témoignage de Kabambi Jiréeh Sr., ancien détenu sous l’état de siège, la prison héberge aujourd’hui 1 953 détenus alors qu’elle a été construite pour en accueillir seulement 250 ; une surpopulation presque huit fois supérieure à sa capacité initiale, dans un contexte où les conditions carcérales en République démocratique du Congo sont déjà marquées par l’insuffisance alimentaire, le manque d’accès aux soins de santé et l’insalubrité chronique. Cette promiscuité extrême transforme chaque cellule en espace de survie : absence d’espace pour dormir dignement, propagation rapide de maladies comme la tuberculose ou la gale (makwanza), tensions permanentes entre anciens et nouveaux détenus, violences accrues, exploitation des plus vulnérables incapables de payer certains “frais” informels, et agents pénitentiaires débordés face à une situation devenue pratiquement incontrôlable ; au-delà des chiffres, ce sont des vies humaines compressées dans un système à bout de souffle.
Des conditions de détention qui frôlent l’inhumain et brisent toute perspective de réinsertion
Dans un environnement où la nourriture, l’eau potable, les soins médicaux et les infrastructures sont largement insuffisants pour un tel effectif, la dignité des détenus se retrouve gravement compromise. Les conditions de détention peuvent devenir inhumaines ou dégradantes, en violation des droits fondamentaux de la personne, alors même que la prison devrait rester un lieu d’exécution de la justice et non un espace de souffrance supplémentaire. À cette détresse matérielle s’ajoute l’absence quasi totale d’activités de formation, d’études ou d’encadrement susceptibles de préparer les détenus à une réinsertion sociale ; avec près de deux mille personnes entassées dans des infrastructures prévues pour 250, il devient presque impossible d’organiser un accompagnement éducatif ou professionnel structuré. Cette réalité nourrit le désespoir, fragilise davantage les plus faibles et compromet toute ambition de transformation positive.
Agir en urgence : accélérer la justice et respecter les normes internationales pour restaurer la dignité
Face à cette crise humanitaire silencieuse, des solutions concrètes existent et exigent une volonté politique ferme : accélérer le traitement des dossiers judiciaires afin d’éviter que des personnes restent en détention préventive pendant de longues périodes sans jugement, appliquer strictement les règles nationales et les normes internationales relatives au traitement des détenus, et investir dans l’amélioration des infrastructures, de l’alimentation et de l’accès aux soins. Il est urgent que les autorités judiciaires et politiques prennent des mesures rapides et structurelles pour désengorger les établissements pénitentiaires et restaurer la dignité humaine au cœur du système carcéral ; car une société qui aspire à la paix et à l’État de droit ne peut tolérer que la prison devienne un espace d’abandon, mais doit en faire un lieu où la justice s’exerce avec humanité, responsabilité et respect des droits fondamentaux.
La Rédaction
Surpopulation carcérale à Beni Kangbayi : quand près de deux mille détenus s’entassent dans une prison conçue pour 250 places, révélant une crise humanitaire silencieuse en pleine RDC