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L’arrivée de 70 000 doses d’Ervebo marque un tournant dans la riposte contre le virus Bundibugyo. Mais derrière les seringues et les laboratoires, une autre bataille se joue : celle de la responsabilité collective.
La République démocratique du Congo s’apprête à recevoir 70 000 doses du vaccin Ervebo pour renforcer la riposte contre la flambée du virus Bundibugyo. Sur ce total, 20 000 doses seront consacrées à un essai clinique de phase 3, tandis que 50 000 seront réservées aux travailleurs de première ligne et au personnel de santé. Une avancée scientifique et sanitaire importante, certes, mais qui ne saurait faire oublier une vérité essentielle : aucun vaccin, aussi précieux soit-il, ne peut à lui seul couper toutes les chaînes de transmission.
Car Ebola ne circule pas seulement dans les hôpitaux et les centres de traitement. Il peut aussi se frayer un chemin dans les familles, les communautés, les marchés, les lieux de rassemblement et jusque dans les rites funéraires. Chaque contact à risque, chaque rumeur prise pour une vérité, chaque malade caché par peur ou méfiance peut devenir un maillon supplémentaire de la chaîne de propagation. La riposte ne peut donc être l’affaire des seuls médecins, chercheurs ou autorités sanitaires. Elle doit devenir une discipline collective, fondée sur l’alerte précoce, l’acceptation des soins, le respect des mesures de prévention et la coopération avec les équipes de santé.
L’allocation de ces doses doit ainsi être accueillie avec soulagement, mais sans triomphalisme. Elle protège davantage ceux qui se trouvent en première ligne et offre aux scientifiques une occasion majeure de mieux comprendre l’efficacité de la vaccination contre le virus Bundibugyo. Mais la meilleure arme reste encore la vigilance citoyenne. Signaler rapidement un cas suspect, éviter les contacts dangereux, respecter les consignes sanitaires, ne pas dissimuler les malades et combattre les fausses informations : autant de gestes simples qui peuvent sauver des vies.
Face à Ebola, la RDC ne peut pas se permettre une riposte à deux vitesses, où l’on attendrait tout du vaccin en oubliant le comportement humain. La seringue protège, mais la responsabilité brise la chaîne. Chaque citoyen doit comprendre que la lutte contre le virus commence aussi devant sa propre porte. Dans cette bataille, la solidarité n’est pas un slogan : elle est une mesure de santé publique. Et lorsque chaque communauté devient un rempart plutôt qu’un relais de transmission, Ebola trouve moins de chemins pour avancer.
Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan
RDC : 70 000 doses contre Ebola, mais la bataille se gagnera aussi dans les foyers