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Moïse Uweci : au lac Albert, le poisson nourrit le peuple, le pétrole ne doit pas tuer son avenir

Voix du Paysan pour former et informer les citoyens : un engagement pour la justice sociale et climatique.

Le lac Albert n’est pas un simple réservoir de ressources. Pour des milliers de familles, il est une histoire, un présent et une promesse d’avenir. L’organisateur de communauté Moïse Uweci rappelle une évidence que les politiques publiques semblent parfois oublier : avant de chercher ce que le sous-sol peut rapporter, il faut protéger ce que les eaux font déjà vivre.

Le lac Albert porte les cicatrices d’une exploitation des ressources qui risque de transformer une richesse collective en rente pour quelques-uns. Pendant que le pétrole attire les convoitises, les pêcheurs, eux, affrontent chaque jour les vagues pour rapporter le poisson qui finit sur les tables des familles. Moïse Uweci pose alors une question dérangeante : à quoi servira le pétrole si la pollution détruit les poissons, les rives et les moyens de subsistance ?

Car la véritable richesse du lac se mesure aussi dans les mains du pêcheur, de la femme qui transforme et conserve le poisson, et du commerçant qui l’achemine vers les marchés de Bunia et d’ailleurs en RDC. Moïse Uweci, en tant qu’organisateur de communauté, défend ainsi une économie locale capable de créer davantage de revenus à partir de la pêche : meilleure conservation, transformation, emballage, accès aux marchés, coopératives et équipements adaptés doivent permettre au poisson de prendre plus de valeur avant de quitter les communautés.

Mais aucune valorisation durable ne sera possible dans un lac abandonné aux pollutions. Moïse Uweci interpelle directement le gouvernement : protéger le lac Albert n’est pas une faveur accordée aux pêcheurs, c’est une responsabilité régalienne. L’État doit renforcer le contrôle des activités pétrolières et industrielles, appliquer réellement les normes environnementales, surveiller la qualité de l’eau, sanctionner les pollueurs, protéger les zones de reproduction et associer les communautés aux décisions qui concernent leur territoire.

Le choix est finalement politique. Moïse Uweci invite les pouvoirs publics à investir dans la chaîne de valeur de la pêche, les infrastructures de conservation, la transformation locale, les crédits accessibles aux pêcheurs et aux femmes, ainsi que dans une surveillance citoyenne du lac. Car le lac Albert ne demande pas seulement qu’on exploite ses richesses : il exige qu’on protège la vie qu’il fait naître. Entre un pétrole dont les bénéfices peuvent s’éloigner et un poisson qui nourrit aujourd’hui les familles, l’urgence est de construire un modèle où la richesse reste d’abord au service des communautés.

Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan

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