Voix du Paysan pour former et informer les citoyens : un engagement pour la justice sociale et climatique.
Depuis plusieurs années, les provinces de l’Ituri, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu demeurent confrontées à des flambées récurrentes de la maladie à virus Ebola, dans un contexte marqué par l’insécurité, les déplacements de populations et une profonde méfiance envers certaines interventions sanitaires. Malgré les avancées scientifiques et les progrès réalisés dans les domaines de la vaccination, de la surveillance épidémiologique et de la prise en charge médicale, les rumeurs, les préjugés et la désinformation continuent de fragiliser les efforts de riposte. Dans de nombreuses communautés, Ebola est encore perçu à travers le prisme des croyances locales, des traumatismes liés aux conflits armés ou des interprétations erronées véhiculées par les réseaux sociaux et le bouche-à-oreille. Face à cette réalité, le renforcement des capacités des psychologues, sociologues, anthropologues et ethnographes apparaît comme un investissement stratégique indispensable pour comprendre les perceptions communautaires, restaurer la confiance et favoriser l’adhésion des populations aux mesures de prévention et de contrôle.
L’expérience des précédentes épidémies a démontré que la lutte contre Ebola ne peut pas se limiter à une approche biomédicale. Dans les territoires de Beni, Butembo, Mambasa, Bunia, Uvira ou encore Kalehe, les facteurs socioculturels influencent fortement les comportements des populations face à la maladie. Les sciences sociales permettent d’identifier les sources de méfiance, de comprendre les pratiques funéraires, les dynamiques familiales, les mécanismes de circulation des rumeurs ainsi que les préoccupations réelles des communautés. Les psychologues jouent un rôle essentiel dans la prise en charge des traumatismes, de l’anxiété et de la stigmatisation qui accompagnent souvent les flambées épidémiques. Les anthropologues et ethnographes, quant à eux, contribuent à adapter les messages de santé publique aux réalités culturelles locales afin qu’ils soient mieux compris et acceptés. Une approche centrée sur l’écoute active des populations permet non seulement de réduire la résistance communautaire, mais également de transformer les citoyens en véritables acteurs de la riposte.
Pour renforcer durablement l’appropriation communautaire de la lutte contre Ebola dans l’Est de la RDC, plusieurs actions concrètes s’imposent. Il est nécessaire de former davantage de professionnels des sciences sociales au sein des équipes de riposte, de soutenir les radios communautaires dans la diffusion d’informations fiables en langues locales et d’impliquer systématiquement les leaders religieux, coutumiers, les associations de femmes et les organisations de jeunes dans les campagnes de sensibilisation. Les autorités sanitaires et leurs partenaires doivent également investir dans des mécanismes permanents de dialogue communautaire afin que les préoccupations des populations soient prises en compte avant, pendant et après les épidémies. Enfin, la production régulière d’études anthropologiques et sociologiques dans les provinces de l’Ituri, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu permettrait d’anticiper les facteurs de résistance et de bâtir une réponse sanitaire fondée sur la confiance, la participation citoyenne et le respect des réalités culturelles. C’est à ce prix que la région pourra durablement couper court aux rumeurs et aux préjugés qui continuent d’alimenter la propagation d’Ebola et de compromettre les efforts de protection des communautés.
Emmanuel Ndimwiza
Rédacteur en Chef