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À Binza-Ozone, les embouteillages ne bloquent plus seulement la circulation : ils immobilisent une ville qui semble avoir perdu le sens de ses priorités.
À Kinshasa, trente minutes de trajet peuvent désormais se transformer en trois heures d’attente. À Binza-Ozone, dans la commune de Ngaliema, les véhicules s’empilent, les klaxons s’épuisent et les nerfs cèdent. La route, au lieu de relier les hommes, devient une épreuve quotidienne. Pour les habitants, chaque déplacement ressemble à une petite bataille contre l’immobilité.
À cette paralysie s’ajoute une autre réalité, plus amère encore : l’absence de transport public suffisant. Faute de bus Transco et face à des voiries impraticables, les Kinois se débrouillent comme ils peuvent. Ceux qui ont les moyens paient plus cher ; ceux qui ne les ont pas paient avec leur temps, leur fatigue et parfois leur dignité. Dans une mégapole qui aspire à la modernité, le temps perdu dans les bouchons devient une taxe invisible imposée aux citoyens.
Le plus saisissant est peut-être ailleurs : ce sont désormais les riverains qui prennent leurs outils pour réparer eux-mêmes les routes défoncées. Ce geste, admirable par son courage, devrait pourtant interpeller. Quand les citoyens doivent combler les nids-de-poule avec leurs propres moyens, où commence et où s’arrête la responsabilité des pouvoirs publics ? La solidarité communautaire ne devrait pas devenir le substitut permanent de l’action publique.
Binza-Ozone rappelle ainsi une vérité que les embouteillages rendent impossible à cacher : une ville ne se construit pas seulement avec des immeubles, des slogans et des projets annoncés. Elle se construit avec des routes entretenues, des transports accessibles et une administration capable d’anticiper plutôt que de courir derrière les urgences. Chaque heure passée dans un bouchon est aussi une heure retirée au travail, à la famille, à l’école et à la vie.
Kinshasa ne peut pas continuer à demander à ses habitants de s’adapter indéfiniment à l’inacceptable. Les Kinois ne réclament pas le luxe de routes parfaites ; ils réclament simplement le droit de circuler. À Binza-Ozone, les habitants ont déjà montré leur volonté de sauver leur quartier. Il appartient désormais aux autorités de montrer que la ville, elle aussi, est prête à les sauver de l’immobilité.
Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan
Binza-Ozone : trois heures pour traverser l’abandon