Voix du Paysan pour former et informer les citoyens : un engagement pour la justice sociale et climatique.
Malgré une succession d’opérations militaires menées depuis 1998, Fred Mastaki déplore l’absence de résultats tangibles face aux ADF, un groupe dont l’évolution stratégique et idéologique a largement dépassé le cadre d’une simple rébellion. Leur mutation en une branche régionale du jihadisme, affiliée à l’État islamique, démontre que la réponse militaire seule est insuffisante face à une menace désormais transnationale et profondément enracinée dans les failles de gouvernance locale.
Dans sa tribune, Fred Mastaki interpelle sur la nécessité d’un nouveau cap : une approche globale, mêlant prévention, démobilisation, résilience communautaire et lutte contre les causes profondes de la radicalisation. L’heure n’est plus aux seules offensives militaires, mais à une stratégie intégrée, centrée sur la protection des civils, le renseignement humain, et l’implication réelle des acteurs locaux pour briser le cycle de la terreur.
Malgré des efforts militaires soutenus et quelques victoires tactiques, la menace ADF persiste, se transforme et échappe à un contrôle durable. Loin d’être affaibli de manière décisive, le groupe continue d’exploiter les failles sécuritaires et sociales, tout en bénéficiant d’un appui logistique extérieur lié à l’État islamique. Sa capacité d’adaptation, son enracinement local et son recours systématique à la terreur démontrent qu’une réponse uniquement militaire ne suffit plus. Face à une organisation en mutation constante, la RDC doit repenser son approche en intégrant la prévention, le renseignement humain et l’engagement communautaire pour espérer briser le cycle de violence.
La menace des ADF ne peut plus être envisagée uniquement sous l’angle militaire. Leur capacité à muter, se redéployer et tisser des alliances régionales démontre une organisation profondément enracinée. Cette résilience témoigne d’un échec collectif à intégrer une réponse inclusive, multisectorielle et centrée sur les communautés locales. Tant que la jeunesse reste marginalisée, les territoires abandonnés, et les frustrations instrumentalisées, les ADF garderont des poches de légitimité ou de silence qui leur permettent de survivre.
Il est désormais urgent de concevoir une stratégie qui dépasse le champ opérationnel. L’avenir repose sur une action concertée, où la sécurité se construit avec les populations, dans l’éducation, l’emploi, la justice et la restauration de la confiance. La RDC ne gagnera pas cette guerre dans les forêts, mais dans les villages, les écoles, les institutions locales. L’alternative à une riposte intelligente, c’est la prolongation indéfinie du chaos.
La Rédaction
ADF: 27 ans de guerre, six opérations militaires et toujours la même menace -Tribune de Fred Mastaki