Voix du Paysan pour former et informer les citoyens
Dans le quotidien tumultueux de Kinshasa, les embouteillages sont devenus une épreuve ordinaire, presque banalisée. Pourtant, leur multiplication n’est ni un fait du hasard, ni une fatalité. Elle traduit au contraire les limites profondes de notre système de gestion urbaine, la fragilité de notre planification, et l’absence d’une vision claire d’aménagement du territoire.
Une ville qui a grandi sans être pensée
Kinshasa est passée d’un peu plus de 400 000 habitants à l’indépendance à plus de 15 millions aujourd’hui. Mais son réseau routier n’a pas suivi cette évolution démographique fulgurante. La ville s’est étendue horizontalement de façon anarchique, sans hiérarchisation fonctionnelle des voiries, sans réseau structurant efficace, et sans modes de transport de masse adaptés.
Quand la voiture individuelle supplante l’intérêt collectif
Les embouteillages à Kinshasa sont aussi la conséquence d’une dépendance accrue à la voiture individuelle dans une ville sans politique cohérente de mobilité. Faute de transport public fiable, le recours aux taxis, motos ou véhicules personnels devient la norme, avec pour corollaire la saturation quasi permanente des axes majeurs.
L’espace public : un champ de négociation permanente
Ajoutons à cela la faiblesse du contrôle de l’espace public. Marchés informels débordant sur les chaussées, parkings improvisés, occupation des trottoirs, feux de signalisation non fonctionnels : tout concourt à désorganiser la fluidité déjà précaire de la circulation. L’État semble absent dans la régulation de l’espace, laissant place à une gestion informelle et souvent conflictuelle de la mobilité.
Que faire ? Quelques pistes pour sortir de l’impasse
Adopter une politique de mobilité urbaine durable, intégrant des modes collectifs accessibles et des infrastructures piétonnes sécurisées.
Renforcer la planification urbaine à travers un schéma directeur réaliste, actualisé et appliqué.
Améliorer la gouvernance de la circulation en formant les agents de l’ordre et en modernisant les systèmes de régulation (feux intelligents, caméras, etc.).
Lutter contre l’informalité anarchique dans l’espace public par des mesures inclusives, mais fermes.
Sensibiliser la population à une culture de la mobilité responsable, partagée, et respectueuse des règles.
Les embouteillages à Kinshasa sont donc bien plus qu’un simple désagrément routier. Ils sont le miroir d’un désordre urbain structurel. Il revient aux urbanistes, aux décideurs et aux citoyens de transformer cette contrainte en opportunité de repenser notre ville, pour qu’elle devienne fluide, inclusive et durable.
La Rédaction