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Lac Kivu : le retour du SAFINA, une respiration pour les riverains, mais un défis pour la continuité territoriale

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Dès le 2 novembre 2026, la société AMR Mugote et Frères relance les voyages du bateau SAFINA sur la partie ouest du lac Kivu. Une reprise attendue, qui ravive l’espoir des voyageurs, des commerçants et des communautés riveraines, alors que la desserte de la partie est reste suspendue à la réhabilitation des infrastructures.

Le retour du SAFINA n’est pas une simple affaire d’horaires et d’escales. Sur le lac Kivu, le transport maritime est une artère vitale : il rapproche les localités, soutient les échanges commerciaux et maintient le lien entre des communautés que la géographie sépare. De Kashofu à Bukavu, de Lushindi à Goma, en passant par Monvu, Karhulo et Bugarula, la reprise annoncée promet de redonner du souffle aux déplacements et aux activités économiques. Mais derrière cette annonce se cache une réalité plus profonde : lorsque les voies de communication se fragilisent, c’est toute la vie quotidienne des populations qui se complique.

Le programme prévoit des départs réguliers les lundi, mardi, jeudi, vendredi et samedi, avec des liaisons entre Kashofu, Bukavu et Goma. Une organisation qui pourrait faciliter la circulation des personnes et des marchandises, à condition que la régularité, la sécurité et l’accessibilité des tarifs soient au rendez-vous. Car annoncer des voyages est une chose ; offrir un service fiable, ponctuel et financièrement supportable en est une autre. Les voyageurs ne demandent pas des promesses imprimées sur un communiqué, mais un transport sur lequel ils peuvent réellement compter. La société saura-t-elle transformer cette reprise en un service durable, à la hauteur des attentes des usagers ?

Reste l’angle mort de cette relance : la partie est, dont la desserte attend le rétablissement d’infrastructures actuellement en réhabilitation. Cette suspension rappelle une évidence trop souvent négligée : l’isolement n’est pas seulement une question de distance, mais aussi de choix d’investissement, d’entretien et de priorités publiques. Combien de temps les populations concernées devront-elles encore patienter ? Qui veille au respect des délais des travaux et à la continuité des échanges pendant cette période ? Les autorités compétentes et les responsables des infrastructures doivent apporter des réponses claires. Le lac Kivu ne peut être un espace de connexion pour certains et une frontière pour les autres.

Le retour du SAFINA est donc une bonne nouvelle, mais il ne saurait masquer l’urgence d’une desserte lacustre plus équitable, plus sûre et plus résiliente. Il appartient à la société AMR Mugote et Frères de tenir ses engagements, aux autorités de garantir les conditions nécessaires à la navigation et aux acteurs concernés d’accélérer la remise en service des infrastructures de la partie est. Car un lac qui relie les peuples ne devrait jamais devenir le miroir de leurs inégalités. La véritable réussite ne se mesurera pas au nombre de voyages annoncés, mais à la capacité de chaque habitant des rives du Kivu à se déplacer, commercer et vivre sans que l’état des infrastructures ne décide de son horizon.

Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan

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