Voix du Paysan pour former et informer les citoyens : un engagement pour la justice sociale et climatique.
À Médina Niemeneke, le BRES-OCTAGONE fait un choix simple mais décisif : porter la formation là où les opportunités arrivent encore trop rarement. Une bataille pour les compétences, l’autonomie et la justice territoriale.
Le développement ne peut pas éternellement se penser depuis les bureaux des capitales pour être ensuite déversé sur les villages. À Médina Niemeneke, dans la région de Tambacounda, le BRES-OCTAGONE rappelle une évidence trop souvent oubliée : un territoire que l’on veut transformer doit d’abord être capable de se prendre en main. Entre le 26 et le 30 septembre 2022, l’organisation a accompagné les Jeunes Engagés pour le Développement de Dialacoto (JEDD) à travers une session consacrée au développement organisationnel. Derrière cette formation, une conviction : le savoir ne doit pas être un privilège géographique.
Car les fractures territoriales ne se mesurent pas seulement en kilomètres de routes ou en nombre d’infrastructures. Elles se nichent aussi dans l’accès à l’information, aux compétences, aux réseaux, au financement et aux outils permettant aux organisations locales de devenir maîtresses de leur propre destin. Pendant que certains territoires disposent d’un écosystème d’opportunités, d’autres doivent encore se battre pour accéder aux connaissances les plus élémentaires. Cette géographie inégale des compétences est aussi une géographie de l’inégalité.
Former une association rurale, ce n’est donc pas organiser un simple atelier de plus. C’est donner des clés : gouvernance, planification, mobilisation des ressources, gestion de projets, partenariats. C’est transformer une bonne volonté dispersée en capacité d’action collective. Avec JEDD, le BRES-OCTAGONE mise sur cette force silencieuse des territoires : des jeunes, des femmes et des organisations communautaires qui connaissent mieux que quiconque les problèmes de leur quotidien et peuvent aussi devenir les architectes de leurs solutions.
Le véritable enjeu est là : cesser de considérer les terroirs comme de simples bénéficiaires et les reconnaître comme des producteurs de solutions. Tambacounda, Dialacoto, Médina Niemeneke et tant d’autres territoires ruraux ne manquent ni d’intelligence ni d’initiatives. Ils manquent souvent d’accès, de moyens, de réseaux et d’accompagnement. La réponse ne peut donc être une centralisation supplémentaire, mais une démocratisation des compétences. Aller vers les communautés, écouter leurs réalités, renforcer leurs organisations : voilà une autre manière de concevoir le développement.
L’expérience de JEDD en 2022 porte ainsi une question qui dépasse largement une session de formation : quel Sénégal voulons-nous construire si les compétences restent concentrées dans les mêmes centres et les mêmes cercles ? Le BRES-OCTAGONE fait le pari inverse : celui d’un développement enraciné, où l’intelligence territoriale appartient aussi aux populations. Car un Sénégal plus équilibré ne se décrète pas depuis Dakar. Il se construit dans les terroirs, avec celles et ceux qui y vivent, y travaillent et refusent que leur avenir soit décidé ailleurs.
Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan